ATXAGA, Bernardo

(Asteasu, 1951)




©Mari Jose Olaziregi

©Traduction: Nahia Zubeldia




Bernardo Atxaga (pseudonyme de Jose Irazu Garmendia) est né à Asteasu (Guipúzcoa) le 27 juillet 1951. Le désir d'imiter les grands auteurs de la littérature universelle et l'intention d'esquiver la censure franquiste firent sans doute partie des raisons pour lesquelles il prit un pseudonyme. Licencié en Sciences Economiques à l'Université du Pays Basque, membre de l'Euskaltzaindia -Académie de la Langue Basque- et, avant tout, passionné de littérature, Atxaga a prouvé que l'on peut parfaitement être universel en écrivant en euskara.

Atxaga est aujourd'hui l'auteur en langue basque le plus traduit et primé de tous les temps. La liste des prix qu'il a obtenus comprend, entre autres, le Prix Euskadi (1989, 1997, 1999), le Prix National du Roman (1989), le Prix Millepages (1991), le Prix Trois Couronnes des Pyrénées Atlantiques (1995), le Prix Eusko Ikaskuntza-Vasco Universal (2002), le Prix Cesare Pavese de Poésie (2003) et le Prix de la Critique Espagnole (1978, 1985, 1988, 1993, 2003). Les milliers de lecteurs de Bernardo Atxaga à travers le monde et l'excellent accueil réservé à son oeuvre lui ont permis d'intégrer des programmes universitaires internationaux et des listes d'auteurs incontournables du XXIème siècle telles que le "21 Top Writers" proposé par le journal britannique The Observer en 1999.

Durant les plus de 30 ans dédiés professionnellement à la littérature, Bernardo Atxaga a publié des recueils de poèmes (cf. Poèmes & Hybrides, 1990), des romans, des pièces de théâtre, de la littérature jeunesse et même des textes hybrides qui jouent sur la frontière entre essai et fiction. Mais s'il existe une oeuvre qui lui ait valu des éloges et des prix internationaux, il s'agit sans aucun doute du recueil de contes Obabakoak (1988). Traduite en 26 langues, cette oeuvre a fait d'Atxaga l'auteur basque le plus connu et le plus primé en dehors des frontières du Pays Basque. Le paysage d'Obaba est décrit comme un infini virtuel dans lequel la mémoire du narrateur tisse une trame suggérant des histoires mêlant réflexion méta-narrative et stratégies empruntées à la littérature fantastique. Pour cela, le narrateur d'Obabakoak part pour un voyage intertextuel qui démarre sur Les mille et une nuits et s'achève sur des références à des maîtres des XIXème et XXème siècles. Cet hommage littéraire se traduit par des références à des contes (El criado del rico mercader), des résumés (par exemple, des résumés de contes de Tchekhov, Waugh et Maupassant dans Acerca de los cuentos), des paraphrases avec des transformations thématico-formelles (Wei Lie Deshang), des plagias (comme celui du conte Torture par espérance de Villiers d'Isle Adam dans Una grieta en la nieve helada), des parodies, des imitations et bien d'autres clins d'oeil encore. Mais ce n'est pas tout: des titres tels que Margarete, Heinrich (cf. G. Trakl) ou E. Werfell (cf. F. Werfel) évoquent le substrat expressionniste de certains contes du livre. Un voyage intertextuel, donc, qui permet à l'auteur d'analyser les relations entre la littérature et la vie ou la lutte entre nature et civilisation.

Après Obabakoak Atxaga publie des contes dans plusieurs anthologies collectives telles que Cuentos apátridas (Ediciones B, 1999), Relatos urbanos (Alfaguara, 1994), Una infancia de escritor (Edition de Mercedes Monmany. Xordica, 1997). Il a également publié des livres dans lesquels il intègre ses récits brefs les plus récents, tels que Un traductor a Paris i altres relats (catalan) (La Magrana, 1999) ou Tres declaraciones (Fondation BBK, 1997). S'éloignant de la littérature fantastique, l'auteur use d'humour et d'ironie pour narrer des histoires dans lesquelles on trouve un Atxaga plus expérimental et avant-gardiste.

Parmi ses romans, soulignons Bi anai (1985), une fable morale sur le sacrifice de l'innocent, et ses romans réalistes: Gizona bere bakardadean (1993), Zeru horiek (1995) et Soinujolearen semea (2004). Gizona bere bakardarean (L'homme seul) a été traduit dans 12 langues et a remporté de nombreux prix tels que le "Prix de la Critique" en 1993 ou le "Prix Euskadi d'Argent" en 1994. Il a également été candidat, entre autres, au "Prix Aristeión" (1996) et à l'"International IMPAC Dublin Literary Award", en 1997. Les critiques étrangère et nationale sont excellentes et soulignent la qualité de son texte. Le roman peut être considéré comme un thriller; il raconte l'histoire de Carlos, un ancien membre de l'E.T.A. dirigeant un hôtel avec des amis. Un jour, il décide de cacher dans sa boulangerie deux activistes de l'E.T.A. ayant commis quelques jours avant un attentat terroriste au Pays Basque. Le comportement de Carlos aura des conséquences terribles pour toute l'équipe. Mais L'homme seul raconte avant tout la lutte intérieure de Carlos, une lutte conditionnée par la perte de ses idéaux révolutionnaires. Notons le ton lyrique de l'oeuvre, son recours permanent à des images et à des souvenirs, l'utilisation des espaces hétérotopiques (l'hôtel), l'excellent dosage du suspense et la large intertextualité d'auteurs marxistes reconnus.

Zeru horiek (1995) est un autre exemple de roman structuré autour d'un personnage. L'oeuvre raconte le voyage d'Irene en autobus depuis sa sortie de la prison de Barcelone jusqu'à son arrivée à Bilbao. Le personnage principal a décidé de se réintégrer dans la société et d'abandonner l'organisation terroriste à laquelle elle appartenait. Le voyage entre Barcelone et Bilbao se transforme ainsi en un voyage intérieur du personnage. A travers les rêves et les poèmes qu'elle porte dans sa valise, Irene tente de trouver des moments de paix et de faire face au futur incertain qui l'attend à son arrivée. Nous noterons une fois de plus la présence d'hétérotopies dans le roman, telles que la prison, l'hôtel, le bus ou le couvent et l'utilisation récurrente d'éléments comme le ciel pour refléter l'intérieur tourmenté du personnage principal.

Soinujolearen semea (Le fils de l'accordéoniste) (2004) est sans doute le roman le plus ambitieux de Bernardo Atxaga. Le vif succès qu'il a remporté parmi les milliers de lecteurs basques a été confirmé par ses dix traductions et par les excellentes critiques telles que celle publiée dans le The Times Literary Supplement, dont l'auteur affirmait que Le fils de l'accordéoniste était le plus grand roman basque de tous les temps. Les mémoires de David, le personnage principal du roman, vont de son ranch californien à son enfance à Obaba, en passant par le réveil douloureux face à la découverte des évènements graves de la Guerre Civile et de l'après-guerre. Mais cette Obaba qui nous est présentée dans le roman n'est plus le berceau d'évènements fantastiques difficiles à expliquer par la raison, mais une lointaine Arcadie, un petit locus amoenus peuplé des joyeux paysans chantés par Virgile. Et c'est précisément Virgile qui guidera ici le narrateur à travers les enfers de sa jeunesse. Le bombardement de Gernika, les terribles fusillades et disparitions de l'après-guerre ou l'explosion de la violence terroriste dans les années 60 planent sur le ciel d'Obaba. Une fois de plus, la restitution du passé a une fonction éthique dans un texte d'Atxaga, puisqu'elle nous rappelle que l'Histoire est un discours narratif qui offre une interprétation; une interprétation fondée, évidemment, sur le point de vue des vainqueurs. Le lecteur se trouve une fois de plus face à une prose apparemment simple, dans laquelle le paysage et les personnages sont intimement liés et les éléments répétitifs deviennent des signes inquiétants d'un danger qui guette.

En effet, Le fils de l'accordéoniste demande une intensité de lecture proche de celle des contes tchekhoviens; il a par ailleurs la vertu que Kafka réclamait aux bons livres: il réduit en miette cette mer gelée que nous avons en nous. Histoire et mémoire, réalité et fiction, amour et mort sont certaines des dichotomies sous-jacentes de ce roman finement structuré.


Plus d'information sur l'auteur:




© Photo: Basso Canarsa

© Obabakoak: Erein

© Gizona bere bakardadean: Pamiela

© Le fils de l'accordéoniste: Christian Bourgois