EPALTZA, Aingeru

(Pamplona, 1960)




© Mari Jose Olaziregi

© Traduction: Edurne Alegria

Publié dans Transcript, 2005.




Aingeru Epaltza est l'un des écrivains actuels qui suscitent le plus d'intérêt au Pays Basque. Bien que titulaire d'une licence en journalisme et après avoir exercé sa profession dans plusieurs journaux, il est actuellement traducteur au gouvernement de Navarre. La narration domine son œuvre littéraire, et ses ouvrages s'adressent soit aux adultes ou soit aux jeunes. Dans sa production destinée aux premiers, signalons le livre de contes intitulé Garretatik erauzitakoak (Elkar, 1989) et, parmi ses œuvres pour les plus jeunes, le roman Ur zabaletan (Pamiela, 1994). Il a reçu trois prix littéraires : premier prix du concours des nouveaux écrivains organisé par la mairie de Pampelune pour Sasiak ere begiak baditik (Elkar, 1985) ; Prix Xalbador en 1991, pour Ur uherrak (Pamiela, 1993), et enfin, Prix Euskadi 1997, pour son roman intitulé Tigre ehizan (Elkar, 1997). Par ailleurs, il a également obtenu le Prix de journalisme Rikardo Arregi en 1990.

Le roman intitulé Sasiak ere begiak baditik qui se situe au XIXe siècle, à l'époque des guerres carlistes, marque le début du brillant parcours littéraire de cet écrivain. Il s'agit d'une histoire où dominent l'aventure, l'action haletante, le suspense et l'escroquerie ; elle nous rappelle les excellents récits de Pio Baroja, l'un des auteurs basques les plus universels.

Le deuxième roman d'Epaltza, Ur uherrak, est une œuvre d'une plus grande envergure tant par son niveau que par son contenu littéraires. Le point de départ de ce récit est la rencontre de deux personnages - Billie, une jeune noire, rejetée à cause de sa situation sociale et familiale, et Jazinto, un vieux bertsulari (improvisateur de vers chantés) ruiné qui a sombré dans l'alcoolisme. Tous deux essaient de s'en sortir, malgré l'ambiance étouffante du petit village navarrais où ils habitent et que l'auteur décrit magistralement. L'impitoyable lutte pour le pouvoir que mènent les notables locaux, la répression policière, la manipulation des journaux et la violence à l'encontre des plus faibles s'intensifient, lorsqu'un conseiller municipal est assassiné. Le petit monde dépeint dans ce roman est trouble et obscur, et l'auteur utilise avec habileté la technique du contrepoint pour donner à cette histoire une touche de légèreté. On peut y déceler des éléments narratifs proches du roman noir qui rappellent plus particulièrement certains écrivains des États-Unis, tels que R. Ellison (The Invisible Man, 1952), mais surtout J. Baldwin.

Dans Tigre ehizan (1996), le hasard fait que les deux protagonistes, un père et son fils qui portent le même prénom, vont chacun de leur côté, à la chasse au tigre, le 7 août 1944. Martin, le père, employé de la compagnie pétrolière El Llano, va chasser avec ses compagnons de travail un tigre qui a tué plusieurs personnes dans la forêt amazonienne de Parigua. Pour sa part, son fils, témoin de l'occupation récente par les Allemands du village basque de Larressore, décide avec ses copains de « chasser » un tank allemand qu'ils appellent entre eux « le tigre ». Peu à peu, le destin du père et du fils se complique à tel point et l'histoire prend une telle intensité, quasi-métaphysique, que le lecteur en est tout ébranlé. En effet, on peut dire que ce dernier accomplit un voyage littéraire qui le mène jusqu'au ténébreux tréfonds de l'âme de chacun de ces deux malheureux personnages.

L'échantillon que nous avons choisi pour cette revue est un extrait du roman intitulé Rock'n'Roll (2000). Le lecteur est tout de suite plongé dans l'ambiance propre au roman noir : meurtres et disparition de cadavres, voleurs, policiers et journalistes, ivrognes, sectes... et passages mémorables parsemés de touches d'humour noir. Ce texte contient aussi des éléments essentiels du célèbre roman de Raymond Chandler, The simple art of murder (L'art tout simple d'assassiner), tels que l'intrigue, le suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la fin, la violence, le sexe, l'alcool... Il n'est pas vain de citer ici Chandler, car Epaltza, en appliquant le fameux décalogue du maître américain, prouve bien dans ce roman qu'il en est le digne disciple. Il jette un regard ironique, horrifié même, pourrait-on dire, sur la génération qui découvrit le Rock, ainsi que nous le rappellent les paroles de la chanson Rock'n'Roll de Lou Reed, qui reviennent lancinantes, tout au long de l'ouvrage « Le rock and roll lui sauva la vie. Malgré toutes les amputations, vous pouviez danser le rock au son d'une radio... » (Cf. Lou Reed : Rock'n'Roll Animal, 1974).




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