GARZIA, Juan

(Legazpia, 1955)

« La date-clé de ma vie est le jour -ou plutôt la nuit du 7 février 1955- qui précéda ma naissance... Le dernier repas pris par mon imminente mère vers 22h30 fut constitué d'une bonne livre de pibales à dos noir (les prix n'étaient pas ceux d'aujourd'hui). C'est ce qui explique -sans le justifier bien sûr- divers aspects de ma personnalité. Ces détours pris dans des interrogations, des ruptures, et des spirales de syntaxe et de comportement, cette gloutonnerie de sybarite pour les mondes inconnus... et quelque autre bizarrerie sur laquelle devraient se prononcer Freud et Cie (en fait, s'il n'y avait pas eu l'appât de ce plat de pibales, comment me décider à entrer dans ce monde). La digestion cette nuit-là ne fut certainement pas facile, ni pour ma mère ni pour moi, j'ai parfois encore l'impression aujourd'hui qu'elle n'est pas terminée, par d'autres moyens, cela s'entend (en sécrétant de la sueur d'encre métaphorique, en noircissant progressivement mon identité de pibale pour me transformer peu à peu en parfaite anguille, après une héroïque traversée à la nage des mers lointaines jusqu'aux rivages maternels, sommé, au cas où j'échapperais à la capture, d'abandonner à nouveau ces douces eaux pour l'océan mortel de la naissance...) mais ça valait peut-être la peine. De vivre, je veux dire, pour le raconter. Depuis cette nuit singulière, ma biographie est triviale. Le reste -repose en paix, prince inquiet, ta mémoire demeure- pas de silence parfait mais quelques histoires imparfaites (courtes, trop courtes) et une poignée de contradictions volontaires qui pourraient, en les rassemblant, former le portrait illusoire d'une de mes personnalités. Mais comment retrouver chacune d'elles au milieu d'une livre de pibales. »

(Garzia, J., " Biographie " in Olaziregi, M.J. (ed.), Pintxos. Nouveaux contes basques, Madrid, Lengua de Trapo, 2005).


« Shakespeare, Melville, Beckett ou Borgès sont quelques-uns des auteurs traduits par Juan Garzia Garmendia, et le livre de contes Itzalen itzal (" Ombre d'ombres ", 1993), sa contribution littéraire la plus achevée. Composée de onze contes et d'un épilogue, c'est une oeuvre dont l' agencement des récits est particulièrement réussi. Parmi eux, nous avons choisi Gubbio, qui est un récit narrant les conséquences dramatiques que l'acte de transgression et le blasphème commis par la protagoniste de l'histoire, une religieuse du XIIIème siècle, ont causées à celle-ci. Le critique Iñaki Aldekoa a décrit très justement les qualités du livre de Garzia Garmendia : « Garzia, pourrait faire sienne la sentence de La Bruyère, tout est dit et l'on vient trop tard. Bien sûr une telle conception de l'art débouche, inévitablement, sur le jeu et le paradoxe, sur l'humour ludique et un jeu spéculaire. L'architecture de ses contes repose sur des manuscrits et des conjectures qui n'ont d'autre base que celle du texte apocryphe ou l'imagination pure. » »

(Olaziregi, M.J., " Prologue " in Olaziregi, M.J. (ed.), Pintxos. Nouveaux contes basques, Madrid, Lengua de Trapo, 2005).


« Si l'auteur du Nom de la Rose se réfère à Borgès comme étant Il grande deconstrutore, le rôle de l'argentin dans Itzalen itzal, de Juan Garzia n'a rien à lui envier en outre ce livre doit beaucoup au regard fasciné que ravivent le lien amoureux avec l'art et la force du paysage culturel italien. Comme Manuel Mujica Lainez dans son roman généreux Bomarzo, les villages, les parcs et les églises d'Italie renferment pour l'auteur de Itzalen itzal des potentialités de beauté qui n'attendent que l'artiste capable de les réveiller de leur captivité du Moyen Age ou de la Renaissance et de les transformer en histoires immortelles. Borgès écrivait en ayant conscience que tout ce qui concerne le grand, le beau, le bon avait déjà été dit. (...) L'assemblage solide de Itzalen itzal rend hommage à la beauté et à la mémoire de Pise, San Gimignano, Florence, Sienne, Orvieto, Rome, Pérouse, Gubbio, Venise, Vérone et Milan. Il convient de citer les noms de Jorge Luis Borgès , d'Italo Calvino ou d'Antonio Tabucchi pour des raisons d'affinités électives. Ce livre renferme des contes excellents. »

(Aldekoa, I., Histoire de la Littérature Basque, Donostia, Erein, 2004, pag.224°)


Quelques publications de l'auteur:

Le roman Fadoa Coimbran (" Fado à Coimbra ", 1995), le livre pour enfants Sudur puntan mundua (" Au bout de ton nez ", 1994), et deux collections de récits : Akaso (" Peut-être ", 1987) et Itzalen itzal (1993) (Traduction : Ombre d'ombres, Alberdania, 2006. Traducteur : Manu Lopez Gaseni).

Plus d'information sur l' auteur:

  • La page web de EIE (Association d'écrivains basques).
  • Literaturaren zubitegia, sur la page web de " armiarma ".
  • La page web de EIZIE (Association de Traducteurs, de Correcteurs et d'Interprètes de langue basque).
  • Information sur l'auteur et le Prix Euskadi à la meilleure traduction obtenu en 1999 pour sa traduction d'une sélection de contes de J.L. Borgès, ici.


© Photo : Zaldi Ero

© Ipuin hautatuak : Ibaizabal

© Itzalen itzal : Alberdania