LINAZASORO, Karlos

(Tolosa, 1962)

"Je suis né à Tolosa et j'y suis bibliothécaire depuis de nombreuses années. Je suis philologue basque, mais je n'enseigne pas. J'ai écrit quatre recueils de contes: Eldarnioak (1991), Zer gerta ere (1994), Ez balego beste mundurik (2000) et Ipuin errotikoak (2001). J'ai également écrit quarte recueils de poèmes et une pièce de théâtre, et quelques livres de littérature jeunesse. Mes genres préférés sont le conte et la poésie; le roman n'entre pas dans ma vision du monde. Je pense que l'écriture me rend libre et je ne sais pas si j'aime la liberté. Je voudrais maintenant mentionner mes maîtres: Kafka, Borges, Cortázar, Felisberto Hernández, Beckett, Rulfo, Saki, Wilcock, Piñera, Tchekhov, Hrabal, Mrozek, Bernhard, Anderson Imbert, Arreola, Poe...

J'aime particulièrement les livres fantastiques, un soupçon ludiques, éclaboussés par la violence de la vie, qui se précipitent sur le lecteur, qui sont forts, suggestifs, pleins d'imprévu; je crois également que le conte doit nécessairement être pourvu d'humour et d'ironie et que ce sont là les meilleures armes pour faire face à la tragédie humaine, à l'aliénation, à la solitude ou à l'absurde, car elles offrent distance et protection. Le conte est un solide briseur de loi, qui fonctionne selon ses propres règles: il y existe un petit espace où l'on peut être réellement libre, dans le règne de la métaphore et de l'allégorie".

Linazasoro, Karlos. "Biografia", in Olaziregi, M.J. (bil.) An Anthology of Basque Short Stories, Center for Basque Studies, University of Nevada, Reno, 2004.

©Estibalitz Ezkerra

©Traduction: Nahia Zubeldia


Linazasoro a obtenu sa licence de Philologie Basque à l'Université de Deusto. Depuis 1987, il est responsable de la bibliothèque municipale de Tolosa.

Karlos Linazasoro a travaillé sur de nombreux genres (poésie, conte, roman, théâtre, littérature jeunesse et articles d'opinion) et a remporté de nombreux prix: Lizardi Saria (1990), Irun Hiria (Poésie-1992), Iganacio Aldekoa Saria (1993), le Prix de Théâtre Toribio Altzaga (1997), Baporea Saria (1997), Donostia Hiria (1998) et le Prix Euskadi saria de littérature jeunesse, en 2001, pour son oeuvre Bota gorriak.

Dans le domaine de la poésie, il a publié à ce jour six recueils de poèmes: Udazkeneko karabana erratua (Elkar, 1991), Apunte eta ahanzturak (Kutxa, 1993), Euriaren eskuak (Alberdania, 1995), Inoiz izan ez garenotan (Alberdania, 2002), Eguzkia ateri (Egilea editore, 2001) et Denbora aleak (Pamiela, 2005). D'après Koldo Izagirre, «Linazasoro est avant tout un poète de la solitude. Dans sa première oeuvre, il parle souvent au pluriel, certes; mais ce nous revêt une fonction de couverture, par timidité d'exposer un je trop franc, si ce n'est le nous du groupe des écorchés ayant en commun une enfance totalement insurmontable. Brouettes pleines d'herbe, barbes de maïs, têtards, boeufs, faucilles, bruyère, feuilles, bouleaux... les images et comparaisons du monde agricole et des jeux d'enfants sont quasiment permanentes dans cette oeuvre, non pas pour chanter la nature, décrire un certain type de société ou faire un hommage au passé, mais bien pour une fonction mythique: les poèmes sont des moments donnés du paysage, des moyens de refléter des situations animiques. L'environnement apparaît plein d'objets et d'animaux; en revanche, dans leurs rares apparitions, les personnages ne servent qu'à accentuer la solitude qui les entoure. Après le mot vient un silence plus oppressant. De même, dans les villes présentées, toutes les rues sont désertes; la ville est une perspective de l'espace et n'a pas de valeur en soi. De nouveau, nous ne trouvons que des éléments naturels, la lune, la neige, les arbres, comme si l'oeil du poète percevait toujours une mémoire concrète. La mémoire et l'imagination oeuvrent ensemble, les descriptions représentent l'expression de situations intérieures, la projection de la tristesse. La vallée enneigée et la rue abandonnée sont donc des lieux ou des instants mythiques. Il n?existe pas entre les deux de lutte géographique; les deux sont des espaces esseulés, rendus tristes par l'absence d'amour, car le manque d'amour rend toute chose vide et invivable. La poésie de Linazasoro porte le poids d'un profond sentiment d'être étranger, orphelin de la société.

»Toutefois, ce monde extérieur finit par atteindre le poète. A son insu, son attitude contemplative l'a rendu contagieux, sans doute parce que la capacité particulière de Linazasoro à voir, à discerner le détail pictural le trahit positivement. Cet environnement dépeuplé mais mélancoliquement beau remplit en quelque sorte sa solitude, à travers des doublets de longs vers pleins de métaphores si bien utilisés pour des réflexions et des descriptions posées, à travers une écriture sans simagrées, sereinement, comme il convient au discours fataliste du début. A un moment donné, bien qu'avec prudence, méfiance même, le poète part dans ses prochains recueils à la recherche du toi, évoluant d'une situation de solitude à l'amour et à ses malheurs. Le moi apparaît de plus en plus évident, la réflexion plus directe, sans symboles. L'auteur, qui rechignait à entrer en relation avec le monde, abandonne la contemplation et avance vers l'avenir, lassé d'attendre que la caravane passe. La relation est alors problématique, mais existante, allant de son activité propre à la dialectique. La poésie de Karlos Linazasoro établit un processus de rupture de l'incommunication; c'est pourquoi elle est on ne peut plus humaine, même dans sa forme la plus recueillie» (Izagirre, Koldo. "Sarrera", Karlos Linazasoro. XX. mendeko poesia kaierak, Susa, 2002).

Dans le domaine du conte, Linazasoro a publié les recueils Eldarnioak (Erein, 1991), la trilogie Zer gerta ere (Erein, 1994), Ez balego beste mundurik (Alberdania, 2000) et Ipuin errotikoak (Alberdania, 2001) et Glosolaliak eta beste (Alberdania, 2004). D'après la critique littéraire Mari Jose Olaziregi, « l'angoisse existentielle provoquée par la mort est très présente dans l'oeuvre de Karlos Linazasoro. Dans ses contes, cette angoisse se traduit par les caractéristiques de la littérature absurde (cf. Kafka, théâtre de l'absurde...) et s'exprime par une fantaisie qui déracine toute logique rationnelle (cf. Cortázar). L'imbrication de la réalité et du rêve, l'ambiance oppressante, le délire et la cruauté sont autant d'éléments des contes de Linazasoro. C'est pourquoi on trouve tant de fous dans ses histoires; ils reflètent en effet l'absurde qui se cache derrière le masque de la rationalité» (Olaziregi, M.J. (bil.) "Hitzaurrea", Mende berrirako ipuinak, Erein, Donostia, 2005).

Par ailleurs, Linazasoro a publié deux recueils de récits: Bestiarioa. Hilerrikoak (Elkar, 2006) et Diotenez (Erein, 2007), ce dernier lui ayant valu le prix Erein-Euskadiko Kutxa Saria. Dans Bestiarioa. Hilerrikoak, «comme dans l'une de ses oeuvres précédentes (voir Zer gerta ere), il libère un personnage qui pourrait être son "alter ego" ou son image au revers du miroir. En effet, selon que l'on se regarde dans le miroir de la réalité ou dans son revers, le monde et les personnes qui le peuplent peuvent être diamétralement différents. Karlos Linazasoro raconte les aventures et les exploits d'un écrivain (ou plutôt de quelqu'un qui voudrait être écrivain) nommé K.L., vivant dans la ville de T et exerçant le métier de bibliothécaire, tout comme Karlos Linazasoro lui-même, mais en voie de devenir Karlos Linazasoro. Voilà toute l'âme de la parodie. Cela revient à donner toute liberté à la conscience et à la laisser agir comme bon lui semble. Ce n'est peut-être pas le rêve de tout le monde mais celui d'un certain nombre de personnes. C'est en tous cas un joli jeu; que serais-je, si j'étais un moi en voie de devenir moi? De la pure métaphysique.

»A la parodie vient s'ajouter l'ironie. Ironie de l'impossibilité d'un homme écrivain voulant écrire et de la remise perpétuelle des obligations à plus tard. Une ironie des genres, également, puisque l'aphorisme devient un chapitre de roman; il rappelle en cela Monterroso, du moins en ce qui concerne l'hyper-méga-brièveté. Mais l'ironie se trouve surtout dans le regard sur les situations quotidiennes: au supermarché, en maison de retraite, au funérarium, dans la rue, au bar ou à la maison. Une ironie humble, fine, savante et élégante. Comme toutes les ironies, elle n?a pas besoin d'amis pour s'exprimer, mais de camarades; ou alors, de lecteurs aussi fins, savants et élégants que l'auteur» (Juaristi, Felipe. "Autoparodia", El Diario Vasco, 2006-12-15).

Dans le recueil Diotenez, «les textes de Linazasoro sont courts, mais cela ne veut pas dire qu'ils soient simples. Au contraire, les aphorismes et les contes, les dialogues et les réflexions de ce recueil poussent le lecteur à réfléchir et, pour cela, à prendre le temps. Or, comme il est difficile de faire deux choses à la fois, en l'occurrence, de lire et de penser, le lecteur arrêtera sans doute de lire pour analyser de long en large les mots qu?il vient de lire. Je pense qu'il ne le regrettera pas. Car Linazasoro dévêtit la réalité, pour la laisser nue dans son habit absurde, tout comme fit, paraît-il, Diogène à Alexandre le Grand» (Juaristi, Felipe. "Diogenes", El Diario Vasco, 2007-05-04).

D'autre part, Linazasoro a écrit le roman court Itoko dira berriak (Alberdania, 2003), clin d'oeil à la littérature de l'absurde, ainsi que deux recueils d'aphorismes -Isiltasunaren adabakiak (Pamiela, 2003) et Beti eder dena (Erein, 2006). Il a également publié la pièce de théâtre Burdindenda (BBK-Euskaltzaindia, 1998). «Dans sa seule pièce de théâtre à ce jour, Burdindenda. Trajikomedia sasieruditoa ekitaldi bakarrean (BBK-Euskaltzaindia, 1998), l'absurde, l'humour noir et la cruauté traversent son écriture de part en part, le tout étant articulé autour de la conversation de deux personnages: le vendeur d'une quincaillerie et un jeune client. La scénographie est particulièrement simple et les similitudes avec En attendant Godot de Samuel Beckett apparaissent dès le départ. Comme dans l'oeuvre de l'auteur l'irlandais, le jeune client de Linazasoro cherche à se suicider et se rend à une quincaillerie pour acheter une corde. La conversation sur la corde se prolonge et la cruauté et la violence dominent ce discours absurde. ...La fin du livre est réellement étonnante. En effet, la vue de la bibliothèque que cache le vendeur dans la quincaillerie ôte au client toute envie de suicide. Dans ce happy-end surprenant, la littérature et la culture basque apparaissent comme des thérapies contre la dépression. Ainsi les mots écrits en quatrième de couverture prennent-ils un sens nouveau: "Lan hau, bistan da, bizirauteko idatzia dago, psikiatraren hitzak ekiditeko" (Ce travail est évidemment écrit pour survivre, pour éviter les paroles du psychiatre). Cette thérapie littéraire très recommandable a valu à Linazasoro le prix Toribio Altzaga Saria en 1997; elle a donc toute sa place dans le paysage littéraire dramatique basque de ces dernières années» (Olaziregi, M.J. "Euskal antzerki garaikideaz", Lapurdum VIII, (Revue d'études basques), 2003, 389-426).

De même, Linazasoro a également écrit pour les lecteurs plus jeunes, des romans -Besterik gabe, Albina (Ibaizabal, 1991), Ipuin arriskutsuak (Erein, 1994), Altzeta (Alberdania, 1996), Gau, gau, gau (SM, 1997), Gret (Kutxa, 1998), Oihan ttiki baina txukun batean (Aizkorri, 1999), Bota gorria (Anaya-Haritza, 2000), Hugo (Aizkorri, 2000), Walter Sismoley Eliseoko zelaietan (Elkar, 2000), Entzungailua (Elkar, 2002), Franti (Giltza, 2003), Mendekuaren graziaz (Erein, 2004), Hogeitasei urte geroago (Erein, 2006)- et de la poésie -Kartapazioko poemak (Ibaizabal, 1998), écrit avec Juan Kruz Igerabidere, et Hamabi titare (Aizkorri, 1999).



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