LIZARRALDE, Pello
(Zumarraga, 1956)

"Je suis né à Zumarraga en 1956, alors que la plupart des habitants venaient d'abandonner les houes et les faux. Notre père avait pris le volant d'un camion. J'ai passé de longues heures sur la route et les chemins de fer. J'ai eu des rêves, mais jamais celui d'être écrivain professionnel.
Ce sont les revues basques Zeruko Argia et Argia qui m'ont permis d'apprendre et d'écrire et Ustela qui m'a permis de publier. J'ai publié six livres (dont les recueils de contes Sargori (1994) et Un Ange passe -Isilaldietan- (1998)), et je ne sais que dire sur ce que j'ai écrit. Je vivrais moins bien si je devais arrêter d'écrire, mais il me serait très difficile d'avancer si je devais arrêter de lire.
J'ai rencontré des gens très respectables parmi les écrivains et les amateurs de littérature basques, mais j'ai peu de complices.
Quand j'entends que je suis écrivain, cela me gêne moins qu'à une époque. Je veux continuer à écrire, et je ne suis pas pressé".
Lizarralde, P. "Biographie", in Olaziregi, M.J.(ed.), Pintxos. Nuevos cuentos vascos, Lengua de Trapo, Madrid, 2005.
©Estibalitz Ezkerra
©Traduction: Nahia Zubeldia
Pello Lizarralde se fit connaître grâce au recueil de poèmes Hilargiaren hotzikarak (Ustela, 1978). Ce fut son seul essai dans le domaine de la poésie, puisqu'il a essentiellement travaillé le roman depuis. Lizarralde caractérise ainsi son écriture: «Derrière tous mes livres se cachent des images obsessionnelles. Une ou deux par livre, pas plus. Lorsqu'une image me touche profondément, il me faut m'armer de beaucoup de patience, car je sais qu'elle me suivra durant plusieurs années» (in Volgako batelariak, 23, 6 avril 2005). Lizarralde affirme qu'entant que lecteur, il aime particulièrement la littérature du XXème siècle. «J'ai également lu des classiques plus anciens, mais certainement pas comme il faut. J'aime beaucoup d'auteurs d'Europe Centrale, d'Italie, de France et des Etats-Unis. Ce qui vient d'Amérique du Sud, normalement, ne m'intéresse pas (du moins les nouveautés). J'ai toujours eu tendance à lire de la littérature réaliste (encore faudrait-il définir ce qu'est le réalisme).
»Les noms de certains auteurs me viennent sous forme de chaînes. Première chaîne: Gogol, Tchekhov, Martin Walser, Kafka, Hans Lebert, Thomas Bernhard, Peter Handke. Deuxième chaîne: Sherwood Anderson, Faulkner, Nathanael West, Scott Fitzgerald, Hemingway, Jim Thompson, Patricia Highsmith, Raymond Carver, Bobbie Ann Mason, Cormac McCarthy. Puis il y a des auteurs qui ne sont attachés à aucune chaîne: Proust, Rilke, Char, Ponge, Camus, Joan Ferrater, Cortázar, Pavese, Natalia Ginzburg, Sciascia, Vittorini, Celati, Ignacio Aldecoa, Juan Benet, Luis Mateo Díez, Emmanuel Bove, Modiano, Ernaux, Krystof... Parmi les auteurs vivants, Cormac McCarthy est de loin l'auteur qui m'intéresse et que j'aime le plus. Cependant, il m'est difficile de ne parler que de littérature, car les films et les chansons font très vite irruption dans mes pensées».
Le parcours de Lizarralde dans la prose fut ouvert en 1984 par le roman E pericoloso sporgersi. Zuri beltzean (Lur), dont le personnage principal est un technicien travaillant dans une coopérative. Bien que par certains côtés cet homme semble très gris, à mesure que l'histoire avance, on s'aperçoit qu'au fond de lui se cache un assassin. Après E pericoloso sporgersi. Zuri beltzean, Lizarralde publie deux autres romans: Hatza mapa gainean (Pamiela, 1988) et Larrepetit (Erein, 2002). Ce dernier lui vaut le Prix de la Littérature Euskadi en 2003.
Dans Hatza mapa gainean, il est question d'une fuite infinie. Les personnages principaux, Max et Beatriz, sont poursuivis par un personnage appelé Beltza, et ils font tout pour lui échapper. «Il s'agit d'un récit behavioriste dont les clés sont révélées par la géographie, les sensations, les signes et les tentatives ressenties par Max» (Aldekoa, Iñaki. Historia de la Literatura Vasca, Erein, Donostia, 2004).
C'est également une fuite qui se trouve à la base du roman Larrepetit. D'après Harkaitz Cano,
«Gesualdo Bufalino différenciait deux types d'écrivains: ceux qui ouvrent la paume de la main et empilent tout ce qui leur tombe dessus, et ceux qui retournent la paume de leur main, laissent glisser tout ce qui tombe et n'utilisent pour écrire que de petites portions possédant la capacité impalpable de rassembler tout le reste. Le premier type d'auteurs écrit par sédimentation; le deuxième laisse tout glisser et tente de saisir l'essence. Comme Raymond Carver ou Natalia Ginzburg, je considère que Pello Lizarralde fait partie du second groupe. Il donne le temps à chaque livre et à chaque phrase.
»Ses oeuvres ne sont pas des pavés, en cette période où l'épaisseur des livres est une valeur. Ses récits n'ont pas beaucoup d'action, en cette période où l'action est une vertu. Son dernier roman, Larrepetit, fait partie de ces rares livres dans lesquels aucun mot n'est de trop. Il raconte une fuite, cachant beaucoup d'informations, suggérant avec peu de choses. Chaque phrase est agencée de façon à ce que le lecteur, plutôt que de lire, glisse ses yeux d'une ligne à l'autre. On parle souvent d'économie de ressources dans la littérature: dire beaucoup de choses avec peu de mots. Mais ce qui est réellement difficile, c'est de garder dans cette sélection les portions essentielles et d'écarter tout le reste. Souvent, les auteurs qui se ventent d'écrire des livres faciles à lire n'arrivent pas à ne garder que l'essentiel; ils laissent les portions essentielles et ne racontent que des futilités. Ce n'est pas le cas de Pello Lizarralde, qui donne au lecteur tous les mouvements, directions de regards, odeurs et luminosités nécessaires à la compréhension de la situation de chaque instant. Le lecteur sent la respiration des personnages: courants d'air, bruits de plancher, rais de lumière sous les portes, odeur d'herbe. Tout cela nous est servi sur un beau drap qui maintient nos sens endormis en alerte, sans stridence» (Cano, Harkaitz. "Larrepetit", El Correo, 2002-06-26).
D'autre part, Lizarralde a publié deux recueils de récits: Sargori (Pamiela, 1994) et Un ange passe -isilaldietan- (Erein, 1998). Iñaki Aldekoa relie les récits de Sargori au réalisme de Raymond Carver et Tobias Wolf.
D'après Felipe Juaristi, «la première sensation que ressentira le lecteur est cette ambiance lourde et étouffante, puis les récits qui se développent dans cette ambiance. Les histoires naissent d'une image; par exemple, ce qui a été vu d'un bar du bord de la route. Les routes et les bars sont des lieux récurrents dans ce livre. Les histoires qui nous sont racontées sont souvent des descriptions de ces images. Je noterais cependant deux exceptions. En effet, deux récits ont une autre dimension, tant au niveau du développement que par nature, et peuvent être considérés comme des contes. L'un porte le titre de "Bazterretik" et présente un pendu apparu sur une montagne. L'autre est intitulé "Azpian" et raconte avec beaucoup de tendresse l'amour des enfants et la cruauté qui existe dans un coin splendide de la montagne. La tendresse, par ailleurs, transpire de tous les récits du recueil.
»Les autres récits sont donc des descriptions d'images. Pello Lizarralde voit ou imagine des personnages, quelque chose en eux l'interpelle. Cela peut être la démarche. Cela peut être quelque chose de doux, d'intérieur, de faible, de féminin, enfoui en eux. Car les personnages ne sont pas communs; ce sont des enfants, des femmes et des hommes marqués, marginaux, que l'auteur suit comme avec une caméra. Les récits sont pleins de mouvement; en lisant, le lecteur entend les voix des personnages, sent les odeurs qu'ils sentent, voit ce qu'ils regardent. Pello Lizarralde est précis. C'est là son plus grand mérite» (Juaristi, Felipe. "Samurtasuna", El Diario Vasco, 1994-09-03).
Quant au recueil Un ange passe -isilaldietan-, «il rassemble quatre récits qui présentent la même caractéristique: ils racontent ce qui est vu,
ce qui est entendu; en somme, ce qui est perçu par les sens, sans interprétation. Les évènements sont présentés, mais sans dévoiler ce qu'ils cachent. C'est pourquoi les récits peuvent parfois paraître froids. Dans cette ambiance, ce qui est caché dans le silence, ce qui n'est pas dit ou pas vu devient un grand mystère pour le lecteur, qui a l'impression que derrière chaque action (aussi banale soit-elle) peut se cacher quelque chose d'étrange, même s'il ne parvient jamais à savoir de quoi il s'agit. Les personnages, comme perdus dans une solitude illimitée, sont attachées aux chaînes du présent, puisqu'ils n'ont ni passé ni avenir. Ils apparaissent cachés dans le brouillard du silence. Il me semble de plus en plus évident que Pello Lizarralde est l'un des meilleurs auteurs que nous ayons parmi nous; ce livre en témoigne» (Rojo, Javier. "Isiltasunen atzean", El Correo, 1998-11-18).
Lizarralde a également travaillé entant que traducteur. Il a notamment traduit en langue basque les romans Hirira doan bidea (Igela) et Arratseko ahotsak (Igela) de Natalia Ginzburg et Denak hasperenka de Gianni Celati (Igela).
Pour plus d'informations sur l'auteur:
- Pour connaître les oeuvres traduites de l'auteur, consultez la Liste des oeuvres basques traduites de ce site web.
- Literaturaren zubitegia.
- Maison d'édition Erein.
- Maison d'édition Pamiela.
© Photo: bsarasola.wordpress.com
© Larrepetit: Erein
© Sargori: Pamiela
© Un ange passe: Erein
