MEABE, Miren Agur

(Lekeitio, 1962)

Parler de mes poèmes, c'est parler de moi. Et il se pourrait que parler de moi revienne aussi à parler du lecteur.

Je considère la poésie comme une sorte de filet qui attrape les réalités qui, au-delà de la poésie, nous influencent. Le poète regarde la vie (la nature et la société, les évènements et les personnages, les espaces logiques et les mondes magiques) puis, par un exercice d'intériorisation, cherche en lui les mots qui parleront du mince tissu de ces « choses de la vie ».

Je revendique donc la valeur du sentiment dans la manière de regarder les choses. Car la poésie ne peut rien changer : ni l'histoire, ni le présent, ni l'humanité.

Pour ma part, j'écris pour faire de l'ordre, actualiser les souvenirs, rationnaliser les peurs, percevoir les traces d'une vie parallèle... pour ne pas oublier qui je suis. En ce sens, la poésie est une issue provoquée par le besoin d'apaiser la soif et la panique. Dans ce besoin d'étancher la soif et de calmer la panique, je m'accroche au quotidien.

En d'autres termes : je fais des radiographies kaléidoscopiques. C'est pourquoi le moi auteur et le moi poétique se rejoignent. Et la dimension érotique de la mémoire récupérée par l'onirisme me paraît fondamentale, lorsqu'elle est mise au service du poème.

Je serais entièrement satisfaite si je parvenais, en guise de résultat général, à l'équilibre entre transparence, confort et élégance pour faire passer le message.

Je ne cherche donc pas la perfection mais la beauté ; je ne cherche pas la vérité mais la véracité ; je ne cherche pas la transcendance mais l'intensité.


Biobibliographie :

Miren Agur Meabe est née à Lekeitio en 1962. Elle étudie l'enseignement et se spécialise en Sciences Humaines, puis poursuit ses études en Philologie Basque. Durant quelques années, elle enseigne dans une ikastola de Bilbao, puis se tourne, depuis 1990, vers la direction et la gestion de l'édition, dans la maison d'édition Giltza-Edebé. En 1986, elle publie le recueil de contes Uneka... Gaba (Labayru) et reçoit, quatre ans plus tard, le prix de la municipalité de Lasarte-Oria pour le recueil Oi, hondarrezko emakaitz! (publié par la revue Idatz & Mintz en 1999). En 1997, elle reçoit le prix Imajina ezazu Euskadi pour le recueil de poèmes Ohar orokorrak. Meabe reprend plusieurs poèmes de ces deux œuvres pour composer son œuvre principale, le recueil de poèmes Azalaren kodea (Susa, 2000).

D'après la critique littéraire Iratxe Gutierrez, le personnage principal de la poésie de Azalaren kodea « est le 'je' féminin parlant à la première personne ». « Ce personnage cherche à se tirer de sa situation d'esclave envers la langue. En effet, cet esclavage conditionne pleinement les relations avec autrui, menant à l'impossibilité de communication. Et ce n'est pas tout : la soumission à la langue nous mène au souvenir et nous ne pouvons pas écarter les coups que nous porte la mémoire. C'est pourquoi il lui semble nécessaire de trouver un autre système de signes qui nous libèrerait de cette soumission, un autre système de communication : elle fait donc le choix de la peau. Il ne s'agit pas, pour évacuer les sentiments et les craintes, d'ôter sa peau mais d'opter pour la transparence et la naturalité de la peau dans cette extériorisation de ce que nous avons en nous ; en d'autres termes, de revêtir le corps d'un nouveau code » (in Gutierrez, Iratxe. Idatz & Mintz, 2001eko azaroa). D'après Iñaki Aldekoa,
« comme dans les travaux d'André Breton, l'embrassade poétique est une sorte d'embrassade charnelle, et elle permet, tant qu'elle existe, de ne pas sombrer dans la misère du monde. La poésie est à la fois une connaissance et une méconnaissance, l'exploration des corps et des mystères qu'ils renferment, la tentative désespérée de découvrir leur secret » (in Aldekoa, Iñaki. Historia de la literatura vasca, Erein, Donostia, 2004).

D'après l'auteur elle-même, « dans ce livre, la nécessité de l'expression est sans arrêt soulignée, mais... la communication absolue est impossible. Souvent, les mots ne nous aident pas à être plus libres –bien que nous en ayons l'impression- et abiment plus qu'ils ne réparent. (...) Que nous reste-t-il alors pour nous unir à l'autre, si les mots sont le rien, s'ils sont rares ou trop nombreux, s'ils sont trop brillants ou trop grossiers ? Nous, rien que nous : notre simple peau, cet outil limité. Or la peau c'est le corps, et le corps c'est l'être » (in Askoren artean. Poetikak & Poemak, Erein, Donostia, 2005).

A propos de l'être, notons que Azalaren kodea est une œuvre très personnelle, ou, selon les propres termes de Meabe, la
« radiographie kaléidoscopique » de l'auteur offerte au lecteur. La poète explique ainsi le concept : « C'est une radiographie, car elle expose mon monde intérieur. Cette radiographie est kaléidoscopique, car elle montre des petits bouts de ma personnalité, des pièces amovibles, un ensemble modifiable créé dans une situation agréable provisoire. Ce sont mes expériences qui se meuvent dans la lunette du kaléidoscope. Par expériences, je n'entends pas seulement les actes objectifs démontrables. Un souvenir, une réflexion existentielle, une fantaisie, la sensation physique provoquée part un certain regard... tout cela, ce sont des expériences, qu'elles soient ou non concrétisées au niveau réel » (Askoren artean, op. cit., p.56)

L'on devrait inclure dans ces expériences non seulement les traces laissées dans le présent par le passé, mais aussi les rêves, largement empreints d'érotisme. D'après Meabe, « cette voix qui explique l'érotisme du corps profite énormément de la dimension érotique de la mémoire récupérée à travers l'onirisme, au service du poème » (Askoren artean, op. cit., p.57). Gutierrez perçoit une sorte de parallélisme entre cette extériorisation du désir sexuel de la femme et les postulats d'Hélène Cixous, puisque l'auteur de Le rire de la Méduse proposait une écriture fondée sur l'inconscient et la libido.

En 2001, Meabe reçoit le prix de la Critique pour le recueil de poèmes Azalaren kodea.

En 2002, l'œuvre Itsaslabarreko etxea (Aizkorri, 2001) lui vaut le prix Euskadi de la littérature enfants et jeunesse. Cette œuvre est suivie de près, toujours dans le domaine de la littérature jeunesse, par : Bisita (Gara, 2001), Joanes eta Bioletaren bihotza (Elkar, 2002), Etxe bitan bizi naiz (Elkar, 2003), Nola zuzendu andereño gaizto bat (Giltza, 2003) et Amal (Gara, 2003).


Pour plus d'informations sur l'auteur et son œuvre :

© Traduction : Nahia Zubeldia

© Photo : Zaldi Ero