URIBE, Kirmen

(Ondarroa, 1970)

Au même titre que Harri eta Herri de Gabriel Aresti et Etiopia de Bernardo Atxaga, Bitartean heldu eskutik (Susa, 2001) de Kirmen Uribe fait partie des recueils de poèmes ayant connu le plus vif succès auprès des lecteurs basques. D'après le critique littéraire Jon Kortazar, la plus grande réussite de Bitartean heldu eskutik réside dans le langage du poète. «... Face aux chemins croisés tracés par les esthétiques de la fin du siècle dernier et du début de celui-ci, [Uribe] choisit le courant esthétique permettant de récupérer le droit chemin, celui des poésies d'Auden et de T. S. Eliot. Ainsi se réapproprie-t-il les questions d'actualité et de la vie, bien qu'il revendique à chaque instant sa nature fictive, et propose une lecture différente non pas de la postmodernité mais de la contemporanéité, une poésie dans laquelle les choses sont dites clairement, écartant l'utilisation abusive de mots, d'images et de métaphores... C'est, en somme, une poésie de la proximité, qui propose une solution à la sombre impasse créée par le jeu entre avant-garde et symbolisme ou entre engagement et création » (in Kortazar, Jon. Montañas en la niebla. Poesía vasca de los años 90, DVD, Barcelone, 2006). En 2002, l'auteur reçoit le Prix de la Critique Espagnole pour Bitartean heldu eskutik.

Le recueil est divisé en sept parties, les poèmes de chaque partie tournant autour d'un même sujet principal. Ainsi le poète étudie-t-il la société actuelle, l'humanité, l'attirance pour les technologies, les avancées ou les perfectionnements qui la menacent, envisageant le besoin d'un retour à l'essentiel. Il revendique dans l'un de ses poèmes le besoin de « ramener l'être humain à la mesure du monde ». D'après Iratxe Gutierrez Retolaza, Uribe « souligne le courage qu'il faut pour vivre dans la simplicité et accepter la condition humaine avec ses peurs et ses doutes : un courage plus grand que celui nécessaire à un mode de vie fondé sur la recherche de la concurrence et de la perfection » (in Gutierrez Retolaza, Iratxe. Mano miedosa, mano sincera, Zurgai, p. 125-127.). Le poète nous dit donc de nous attacher au présent, de vivre l'instant. « Cependant, il souligne la valeur que peut avoir le passé dans les expériences du présent. C'est pourquoi il évoque dans la deuxième partie l'enfance, ce qui est resté dans le passé. Il dépeint des enfants qui courent, qui vivent dans ce regard nostalgique tourné vers le passé. Il semble donc que la joie de vivre de cette époque, l'envie de vivre de l'enfance, lui manque. En effet, pour les enfants, le cours du temps n'est pas réellement significatif, il ne dirige pas leurs actions. D'autre part, le lecteur ressent le défi de vivre et de ressentir le temps en toute liberté », note Gutierrez Retolaza (in Gutierrez Retolaza, Iratxe. Op. cit.). Tout comme l'enfance, le lieu de naissance revêt une importance capitale dans la vision du poète, puisqu'on retrouve plusieurs clins d'œil à la côte basque, notamment à la ville d'Ondarroa qui l'a vu grandir.

Le désir de ramener l'être humain à la mesure du monde pousse inévitablement le poète à approfondir la question des relations entre les individus. Il conclut de cette recherche que le mot n'est pas le moyen le plus approprié ou le plus efficace pour faire parvenir ses sentiments à l'autre. Cela étant, « il souligne l'importance des signes, de la communication corporelle. C'est dans le poème "Bisita" que l'on trouve les lignes les plus significatives à ce sujet : Bitartean heldu eskutik, eskatzen zigun,/ ez dut promesarik nahi, ez dut damurik nahi,/ maitasun keinu bat besterik ez (En attendant donnez-moi la main, nous demandait-il ; je ne veux pas de promesses, je ne veux pas de regrets ; seulement un geste d'amour) », explique Gutierrez Retolaza. Outre l'importance de ces mots dans le contexte du poème –c'est un souhait adressé à ses parents par un toxicomane-, Kortazar rappelle que les dernières paroles prononcées par le poète Gabriel Aresti furent « tómame la mano, Meli (donne-moi la main, Meli) ». L'être humain a donc besoin de cette main pour l'aider à affronter les difficultés, en l'occurrence la mort, comme le naufrager a besoin de la planche qui l'aidera à rejoindre la rive.

Uribe lui-même déclare à propos de sa poésie : « Ce qui me plaît, c'est de chercher, de nager dans l'océan. Ce qui compte, c'est d'avoir un regard qui nous soit propre. Je pense que nous avons tous notre propre regard. Txuma Murugarren m'a dit un jour que le plus important dans la littérature était le regard, le fait d'avoir son propre point de vue. Vous et moi pouvons voir la même chose, mais si nous nous mettons à écrire, nous écrirons certainement différemment. C'est bien de cela qu'il s'agit, du fait d'avoir chacun son propre point de vue pour mener une réflexion artistique sur les questions du monde. C'est cela la poésie. Je sais que Lobo Antunes accordait lui aussi la plus grande importance à cela : "personne n'a la même voix que personne, et c'est cette voix qui est intéressante, précisément parce qu'elle est unique "».

Après des études de Philologie Basque à l'Université du Pays Basque, Kirmen Uribe fait un stage de Littérature Comparée en Italie. Il travaille comme traducteur et interprète et même comme scénariste, dans l'émission Sautrela de la chaîne de télévision bascophone ETB, entre autres. Uribe est donc un auteur éclectique ; depuis sa jeunesse, il a une relation très étroite avec la musique et il a écrit des paroles pour divers groupes du Pays Basque –entre autres, Mikel Urdangarin, Piztiak, ΠLT, Bide Ertzean et Sagarroi-.

Pour la douzième Korrika, avec l'aide de Mikel Urdangarin et de Josu Eizagirre, il organise le spectacle Bar Puerto. Bazterreko ahotsak, mêlant poésie, vidéo, musique et témoignages. Plus tard, il publie le disque du même nom. Deux ans après, dans le cadre des quelques récitals qu'il présentait à New York, il prépare le spectacle Zaharregia, txikiegia agian, qu'il publie ensuite sous forme de disque-livre, avec la participation, entre autres, de l'illustrateur Mikel Valverde et des musiciens Mikel Urdangarin, Rafa Rueda et Bingen Mendizabal. En 2007, à partir de l'enregistrement du spectacle, il sort le documentaire Agian, réalisé par Arkaitz Basterra.

En plus de la poésie, Uribe touche également à l'essai et à la littérature jeunesse. Dans le domaine de l'essai, il publie notamment Lizardi eta erotismoa, écrit en collaboration avec Jon Elordi et publié par Alberdania, ou Zazpi saio, zazpi leiho (non publié). Pour ces essais, l'auteur reçoit le prix de l'essai Becerro de Bengoa en 1995 et 2000, respectivement. Quant à la littérature jeunesse, ses trois œuvres racontent les aventures du gangster Garmendia aux Etats-Unis : Garmendia eta zaldun beltza (Elkar), Garmendia errege (Elkar), et Fannyren sekretua (Elkar). D'autre part, Uribe signe également le scénario de la pièce de théâtre Ekidazu. Lehoiek ez dakite bibolina jotzen pour la troupe Kukubiltxo.

A la fin de l'année 2006, Uribe publie le recueil de poèmes et de chansons Portukoplak (Elkar), composé suite à l'obtention de la bourse Agustin Zubikarai offerte par la Municipalité d'Ondarroa. L'auteur y rassemble des chants oraux et des poèmes écrits ayant été créés au Pays Basque face à la mer, joignant des petites annexes à certains d'entre eux. Par ailleurs, l'œuvre Portukoplak présente 200 illustrations de Mikel Valverde.


Pour plus d'information sur l'auteur et son œuvre :

© Traduction: Nahia Zubeldia

© Photo: euskalkultura.com

© Bitartean heldu eskutik: Susa