ZALDUA, Iban

(Saint-Sébastien, 1966)

"Je suis historien de formation et, pour l'instant, c'est aussi ma profession; en fait, j'enseigne l'Histoire Economique à l'Université du Pays Basque, plus précisément à la Faculté des Lettres de Vitoria, qui est la ville où je réside. En ce moment, outre quelques collaborations sporadiques dans des journaux, je coordonne deux ateliers de lecture (l'un à Vitoria et l'autre à Mondragon) et je fais partie du conseil de rédaction de la revue électronique de littérature Volgako Batelariak. En 1989 j'ai publié mon premier livre: Vingt contes très courts. Puis est venue une série de livres de contes en basque Ipuin euskaldunak (1999, en collaboration avec Gerardo Markuleta), Gezurrak, gezurrak, gezurrak (2000 ; la traduction sera publiée par Lengua de trapo), Traizioak (2001) et Itzalak (2004), ainsi que L'île des anthropologues et autres récits (2002), ce dernier en espagnol. J'ai également publié un court essai sur la littérature basque actuelle sous le titre de Obabatiko tranbia. Zenbait gogoeta azken aldiko euskal literaturaz, 1989-2001 (2002) et deux nouvelles pour les jeunes, Kea ur gainean (2002) et Ile luzeen kondaira (2004).

Toutefois, je dois avouer que j'aime écrire des récits: je suis un conteur avant tout. Je ne crois pas que les métiers de conteur et de romancier s'opposent, mais je peux dire, pour l'avoir vérifié moi-même qu'ils sont très différents. Selon Rodrigo Freson, John Cheever disait: "Un conte ou un récit c'est ce que tu te racontes à toi-même dans la salle d'attente du dentiste avant de te faire arracher une dent. Le conte bref ou la nouvelle joue dans la vie, me semble-t-il, une fonction très importante. C'est aussi, dans un certain sens, un remède efficace contre la douleur: sur un télésiège qui t'amène à la piste de ski et qui s'arrête en cours de route, sur un bateau qui prend l'eau, face à un docteur qui regarde fixement tes radiographies... Nous passons notre temps à attendre un contre-ordre pour retarder notre mort et quand nous n'avons pas assez de temps pour un roman nous recourons alors à la nouvelle ou le conte bref. Je suis persuadé qu'au moment précis de la mort on se raconte un conte, et non un roman". Peut-être parce-que, comme l'affirmait Ambrose Bierce, "le roman est un récit court qui enfle... Que ses restes reposent en paix -bien que quelques-uns continuent à se vendre très bien". Ceci dit, il est possible que j'écrive moi des nouvelles parce-que, comme le dit Joseba Sarrionandia "les enfants ne demandent pas à leurs parents de leur raconter des romans mais des histoires".

Zaldua, I. "Biographie", in Olaziregi, M.J.(ed.), Pintxos. Nuevos cuentos vascos, Lengua de Trapo, Madrid, 2005.


©Mari Jose Olaziregi

©Traduction: Nahia Zubeldia




Iban Zaldua est historien et enseigne aujourd'hui l'Histoire de l'Economie à l'Université du Pays Basque. Il a publié jusqu'à ce jour six recueils de contes: Veinte cuentos cortitos (Administration Forale du Guipúzcoa, 1989), Ipuin euskaldunak (Erein, 1999; en collaboration avec Gerardo Markuleta), Gezurrak, gezurrak, gezurrak (Erein, 2000), Traizioak (Erein, 2001), La isla de los antropólogos y otros relatos (Lengua de Trapo, 2002), Itzalak (Erein, 2004) et Etorkizuna (Erein, 2005). Par ailleurs, il a écrit des colonnes dans différents journaux (Egunkaria, El País) et a publié plusieurs critiques dans des revues bascophones (Hegats, Jakin...), dont quelques unes ont été intégrées par la suite dans les livres Obabatiko tranbia (2002, Alberdania) et Animalia disekatuak (Utriusque Vasconiae, 2005). Il a également écrit le roman de science fiction Si Sabino viviría (Lengua de Trapo, 2005). Enfin, il est membre de la rédaction de la revue électronique Volgako Batelariak.

Peu de conteurs basques maîtrisent aussi bien les récits aussi courts (appelés aussi micro-contes) qu'Iban Zaldua. Les contes d'Iban Zaldua, pleins de précision, d'ironie et d'humour, suivent la tendance métalittéraire de Borges ou Calvino et la fantaisie bouleversante de Cortázar, entre autres. Le regard critique de l'auteur cherche à abattre les clichés sur la littérature, la vie et la réalité basque. Les titres de ses oeuvres en témoignent (Gezurrak, gezurrak, gezurrak -Mensonges, mensonges, mensonges-; Traizioak -Trahisons-); en témoigne, de même, le souci d'économie de l'auteur. Ainsi Zaldua a-t-il démontré qu'il savait écrire sur un registre et un mode riches et organiser des contes dans lesquels chaque mot est indispensable. Mais il a surtout prouvé qu'il tenait à écrire des contes qui ne laisseraient pas le lecteur froid; des contes troublants. Car, pour Zaldua, comme disait J. Cheever, un conte est précisément ce que chacun se raconte à l'instant de sa mort.

Dans le recueil de contes intitulé Ipuin euskaldunak, Markuleta et Zaldua offrent un point de vue ironique et provocateur de l'identité basque. Sur la couverture, l'image tirée du cadre Erromeria d'Arrue annonce dès le départ que le contenu ne sera pas le résultat d'un traditionalisme modernisé. En effet, le recueil Ipuin euskaldunak ne rassemble pas des contes patriotes, mais des histoires dont le but est de raconter avec humour et une pointe de tragédie la diversité et la complexité de notre société. Ces histoires, qui feront souvent sourire le lecteur, témoignent des goûts de Zaldua, à travers les auteurs et les textes qui y sont évoqués (Borges, Cortázar, Galeano, Monterroso, Calvino...).

Le livre suivant, Gezurrak, gezurrak, gezurrak, représente un pas en avant intéressant dans le parcours littéraire de l'auteur. Les 26 contes qui y sont présentés sont organisés en six parties (Simulakroak, Inbusteriak, Asmazioak, Iruzurrak, Ameskeriak et Esamesak) et, selon les propres aveux de l'auteur, J. Cortázar est très présent dans le recueil. En effet, ce livre affirme que la réalité et la fiction sont un vaste mensonge, cherchant à créer des fissures dans une vie qui nous semble compréhensible et observable pour remettre en question ses limites. Usant de nombreuses techniques propres à la littérature fantastique, ce recueil semble traduire un désir de se tourner vers le passé; Zaldua reconnaît en effet qu'il avait en ce sens une dette envers Vila Matas et Kundera. Comme dans l'oeuvre précédente, l'auteur observe la douloureuse réalité basque actuelle et, partant de cette situation déchirante, cherche à ouvrir des espaces de réflexion. Parmi les contes les plus remarquables, notons Gérard Marchan, dans lequel le personnage principal et tueur, suivant les enseignements de La lettre volée d'E. A. Poe, se sert de sa boutique pour cacher les cadavres de ses victimes. Soulignons également les contes métalittéraires comme Kontrolarena ou Literatura eta iruzurra, hommage à J.L.Borges.

Le recueil Traizioak compte 40 contes agencés en cinq parties: les traitrises au réalisme, à la révolution, à la mémoire, à la patrie et à la littérature. Il s'agit de contes très courts fondés sur la vie quotidienne, à mi-chemin entre fiction et chronique. Notons que la plupart des contes de ce recueil sont des développements de colonnes publiées dans Egunkaria et El País, puisque cela en influence le contenu et le style. Le plus souvent à la première personne, jouant à voyager dans le temps et sur les différents plans, présentant des fins puissantes, plaçant des éléments fantastiques dans le quotidien (service militaire, alcool, drogues, conflit politique etc. sont abordés), l'auteur observe d'un oeil critique ce que nous appelons réalité.

Les registres et le style riches de Zaldua apparaissent plus nettement dans le recueil de contes Itzalak (2004) dans lequel l'auteur cherche sans arrêt à mettre en évidence les failles de la réalité. A travers les 37 contes du recueil, Itzalak (les ombres) représente un hommage littéraire à l'ombre dominé par l'écoulement angoissant du temps et l'art de parvenir à exposer l'invisible. Un hommage à l'ombre, donc, à travers des techniques métalittéraires, pour un voyage littéraire évocateur fondé sur des œuvres et des auteurs reconnus.

Le recueil de contes Etorkizuna a valu à Zaldua le prix Euskadi Saria en 2006 (version espagnole: Porvenir, Lengua de Trapo, 2007). La clé de cette oeuvre réside dans une réflexion sur le temps qui débouche sur un diagnostic ironique et septique des relations humaines et une mise en évidence des contradictions de la réalité politique basque. L'auteur mêle différents registres (science-fiction, essai, jeu littéraire...), use d'ironie sans modération, s'amuse de paradoxes, pour exposer au lecteur les faces cachées et inhabituelles de notre quotidien.





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© Photo: donostiakultura.com

© Itzalak: Erein

© Ipuin euskaldunak: Erein

© Traizioak: Erein