Théâtre

LE THEATRE BASQUE DU XXème SIECLE

DE LA COMEDIE DE MŒURS AU SYMBOLISME POLITIQUE



© Patricio Urquizu (UNED)

© Traduction: Hélène Cerezo





  1. Le théâtre populaire souletin
  2. Toribio Alzaga et Euskal Iztundes (191561936)
  3. La journée du Théâtre Basque (1934-35-36) sous la Seconde République
  4. Le théâtre pendant la guerre civile et au temps de l'exil
  5. Deuxième étape de Euskal Itzundea (1953-1981)
  6. Pierre Larzabal et Antonio Labaien
  7. Gabriel Aresti et Bernardo Atxaga
  8. La littérature dramatique dans les années 90
  9. Prix et auteurs
  10. Bibliographie




1. Le théâtre populaire souletin

Selon le schéma établi dans l'analyse de l'histoire du théâtre, nous commençons cette partie en traitant des farces et des pastorales souletines. S'agissant des premières, il convient de remarquer qu'elles connaissent un vrai recul, bien qu'Hérelle considère que de 1900 à 1938 on en célébrait deux par an. Nous n'avons recueilli que quatre textes dans le Recueil des farces... (1998).

Le premier, d'auteur anonyme, en prose, publié dans l'hebdomadaire Eskualdun ona (1907) sous le titre de Tzintzarrots dont le comique et la complicité sont remarquables.

Le deuxième, du poète-bertsolari et en même temps maire en Basse-Navarre Manex Etchamendi (1873-1960), dans lequel il refuse d'accorder aux jeunes la permission d'organiser ce genre de spectacle.

Le troisième texte, de Leopoldo Irigaray, traducteur et camarade d'Hérelle dans ses études de terrain en Soule sur le théâtre populaire, fut recueilli en 1918 et s'intitule Peyrot et Peyrotina. Il s'agit de onze quatrains dont la structure est plus proche de celle des chiquitos que des farces. Le quatrième texte, lui, s'intitule Azken karrasako bertsuak "Les vers de la dernière farce" et se compose de 16 zortzikos recueillis par Satrustegi dans l'édition des chants de Valcarlos.

En ce qui concerne les pastorales, nous ne donnerons que la liste des titres non représentés aux siècles précédents. Nous avons déjà dit que l'on distingue clairement deux étapes dans les représentations des pastorales du XXème siècle en fonction des thèmes abordés.

L'une, qui va jusqu'à la moitié du siècle, avec un grand vide allant de 1937 (en 1936 deux pastorales ont été représentées, l'une intitulée Charlemagne, représentée à Atharratze, et l'autre Roland et les douze pairs représentée par les jeunes de Garindein) à 1951, où commence la récupération entreprise par Pierre Salaber avec l'½uvre traditionnelle Robert le Diable, et l'autre qui va des années cinquante jusqu'à aujourd'hui et dont l'évolution est claire et significative.

Les thèmes religieux et ceux qui se réfèrent à l'histoire de France ont quasiment disparu, tandis que ceux qui concernent l'Histoire du Pays Basque prolifèrent presque partout, comme on le voit dans la liste qui suit. De la première partie du siècle nous n'avons que deux pastorales publiées, l'une par Clément d'Andurain, en 1906, sur Roland et les basques, et l'autre par Ithurry sur Napoléon Bonaparte.

Date Lieu Titre Auteur
1903 Ligi Louis XI. Jean Aguer
1903 Omizegañia Henri IV. Jean Aguer
1903 Uharte-Garazi Saint Louis
1906 Lambere Hirur martirak Jean Héguiaphal
1906 Arrokiaga Nabukodonosor Jean Héguiaphal
1908 Atharratze Eskualdunak Ibañetan C. d'Andurain de Maitie
1908 Xohüta Santa Helena
1909 Urdiñarbe Abraham
1910 Barkoxe Mustafa
1912 Eskiula Napoleon
1920 Mendikota Abraham Pierre Salaber
1921 Iruri Aleksandre Pierre Salaber
1921 Lexantzu Daniel Pierre Salaber
1922 Mendi Astiaje Pierre Salaber
1924 Montori Aimunen lau semik Pierre Salaber
1925 Altzai Turk handia Pierre Salaber
1925 Ozaze Don Karlos Pierre Salaber
1926 Maule Juana Artekua Pierre Salaber
1926 Zalgize Müs de Bouillon Pierre Salaber
1927 Napoleon Jean Héguiaphal
1927 Xohüta Dona Andeü Pierre Salaber
1928 Aloze Abraham Pierre Salaber
1929 Santa Grazi Mois Pierre Salaber
1930 Atharratze Frantses Lehena Pierre Salaber
1931 Atharratze Don Carlos Pierre Salaber
1934 Atharratze Don Karlos Pierre Salaber
1936 Atharratze Charlemagne Pierre Salaber
1936 Garindein Roland y los doce pares
1951 Ozaze Robert le diable
1952 Ozaze Abraham Pierre Salaber
1953 Barkoxe Aimonen lau semik
1953 Ligi Santa Helena Pierre Salaber
1955 Eskiula Matalas Pierre Bordazaharre "Etxahun"
1958 Maule Berreterretch Pierre Bordazaharre "Etxahun"
1963 Gotañe Santxo Azkarra Pierre Bordazaharre "Etxahun"
1966 Iruri Iruriko zalduna Pierre Salaber
1967 Maule Chiquito de Cambo Pierre Bordazaharre "Etxahun"
1973 Altzai Pette Bereter Pierre Bordazaharre "Etxahun"
1974 Barkoxe Etxahun koblakari Pierre Bordazaharre "Etxahun"
1976 Santa Grazi Santa Grazi Junes Casenave
1977 Santa Grazi Maitena Basaburu Junes Casenave
1978 Garindañe Ibañeta Junes Casenave
1979 Atharratze Ximena Pierre Bordazaharre "Etxahun"
1980 Urdiñarbe Iparragirre Pierre Bordazaharre "Etxahun"
1982 Phagola Pette Basaburu Junes Casenave
1985 Muskildi Allande Oihenart Arnaud Aguergaray
1988 Urdiñarbe Agosti Chaho J. M. Bedaxagar
1989 Altzai Zumalakarregi Junes Casenave
1990 Maule Abadia urrüstoi Jean Louis Davant
1991 Larrañe Xalbador Roger Idiart
Muskildi Harispe Pier Paul Berzaitze
1992 Santa Grazi Santa Kruz Junes Casenave
1993 Gotañe Eüskaldunak Iraultzan Jean Louis Davant
1994 Donaixti-Ibarre Mixel Garikoitz Junes Casenave
1995 Arrokiaga Agirre presidanta Jean Louis Davant
1996 Garindañe Sabino Arana Arnaud Aguergarai
1997 Atharratze Atharratze jauregian Pier Paul Berzaitze
1998 Barkoxe Herriko semeak Patrick Queheille
1999 Altzai Agota Junes Casenave
2000 Eskiula Madeleina de Jauregiberri Pier Paul Berzaitze
2001 Xohüta Xuberoko makia Jean Louis Davant
2002 Altzürükü Urruti jauregiko Peixot Niko Etxart
2003 Idauze Ramuntxo Pier Paul Berzaitze
2004 Maule Antso Handia Jean Louis Davant

Les auteurs qui sont toujours en vie sont les suivants:Casenave, Davant, Idiart, Bedaxagar, Betzaitz, Etxart, Agergarai et Queheille. Huit auteurs de pastorales, le premier ayant écrit en français une pastorale représentée par des Béarnais.

Dans ce théâtre, comme l'indique Etchecopar, les exemples d'oppression (guerre, déportation, planification linguistique, aliénation économique, acculturation, etc.) sont nombreux. Les pastoralistes actuels essaient de redécouvrir ou de récrire le passé des Basques,en les rangeant systématiquement du côté des chrétiens, tandis que les autres, ceux de l'extérieur, sont relégués dans le camp des Turcs. Cela fonctionne à merveille dès qu'il s'agit de montrer l'Ennemi, la plupart du temps les Espagnols ou les Français, mais il est bien plus rare de les retrouver comme alliés. Il est certain que la structure manichéenne de la pastorale, cette séparation en deux camps, celui du Bien et celui du Mal, ne favorise en rien nii la nuance ni la subtilité, ni la complexité psychologique, ni la finesse, ni le doute, ni la contradiction, ni l'autocritique. C'est évident vu la complexité des liens entre le monde euskaldun et non-euskaldun.

Junes Casenave-Harigile (Santa-Grazi, 1924), poète, narrateur et auteur de pastorales, considère, dans une interview réalisée pour l'hebdomadaire Argia, que l'Histoire du Pays Basque est méconnue et que le peuple tout entier, et non seulement les intellectuels, a le devoir de connaître son histoire d'un point de vue autre que celui des étrangers.

Les dates et les faits historiques du Pays Basque ont été généralement oubliés jusqu'à récemment, pas exactement comme l'indique Perez-Stansfield, en se référant au théâtre espagnol, parce qu'ils ont été travestis par la version officielle du franquisme, mais parce qu'ils ont été totalement ignorés et niés depuis bien avant par la plupart des écrivains, qu'ils soient de l'intérieur ou de l'extérieur, n'ont pas montré le moindre intérêt à présenter sous une forme littéraire. Il n'est pas étonnant, alors, qu'un anarchiste comme Marc Legasse, mort depuis peu, ait écrit, non sans une bonne dose d'humour, ce Pasacalles pour un Pays qui n'existe pas.

Dans certaines pastorales l'affirmation nationaliste se caractérise par une apologie d'un monde rural ancien, un passé glorifié, et une unité basque ancienne. Elle se manifeste parfois différemment, sur un mode plus revendicatif, dans certaines pièces, surtout dans les épilogues, où le message y est condensé. L'appel à l'unité, la paix, la construction d'une patrie des Basques, le "Zazpiak Bat" (Sept en un) sont assez généralisés En s'appuyant sur des thèmes basques, la pastorale réussit à élargir le cercle de ses récepteurs, elle permet ainsi à la Soule, longtemps isolée, de rejoindre le contexte de Euskal Herria, et aux touristes de ce côté de la Bidassoa de laisser leurs euros dans le petit village où est donnée la représentation.

L'audience de ce théâtre a été considérablement élargie par l'édition du texte en français, en espagnol et même en euskera batua " le basque standard". Il est certain aussi que vu la longueur et la monotonie des cantinèles en vers (dernièrement les danses et les choeurs ont proliféré au sein du spectacle) et le spectacle ayant lieu l'été en plein air, les spectateurs en profitent pour demander les dernières nouvelles de la famille et des amis communs.

La pastorale, nous l'avons déjà dit, devient un élément du patrimoine basque, pas seulement souletin, et contribue à forger un sentiment d'identité. Les textes, en s'appuyant sur un consensus implicite autour de la basquitude, permettent de fédérer tant au niveau des acteurs que du public des positions et des opinions divergentes. C'est une façon de sauvegarder une unité basque apparente, de sorte que les intérêts divers et parfois divergents des classes sociales basques n'y sont pas abordés.

Les thèmes historiques, loin de toute réalité contemporaine, malgré les parallélismes, parfois recherchés de façon quelque peu forcée, évitent de s'affronter aux divisions actuelles de la communauté basque et à la fragmentation du mouvement nationaliste. Les héros, étant donné les caractéristiques de ce théâtre, sont d'une pièce, sans ambiguïté ni complexité psychologique d'aucune sorte, leurs traits sont ceux de la vieille aristocratie guerrière et chrétienne (sens du sacrifice, du défi, noblesse des sentiments, héroïsme, générosité, courage, don de soi, etc.)

Comme le souligne Jean Haritschelhar, ce théâtre populaire à double titre, parce qu'il a été représenté par le peuple et pour le peuple, se transforme en théâtre national par son évocation du passé historique ou légendaire. Si autrefois il était l'école du peuple du point de vue religieux, aujourd'hui il est devenu celle où le peuple apprend l'histoire du Pays, de ses personnages, il y apprend à aimer la langue et la littérature qui ont été si extraordinairement maintenues et conservées depuis des temps immémoriaux.

Jean-Louis Davant (Urrüxtoi-Larrabile, 1935) membre de l'Académie de la Langue Basque depuis 1975, l'un des fondateurs de Embata et de EHAS, professeur et auteur de plusieurs livres d' Histoire et de poésie, a publié les pastorales suivantes: Abadia Urrustoi (1986) sur la vie du mécène Antoine d'Abbadie, créateur des Jeux Floraux de 1951, représentée par les ikastolas de Soule en 1990; Eüskaldünak Iraultzan (1993) sur les Basques et la Révolution française, et Agirre presidenta (1995) sur la vie de José Antonio Aguirre et la guerre civile espagnole, et enfin Xuberoko Makia sur la Résistance (2001).

Roger Idiart a pris part à la rédaction de nombreuses pastorales d'Etxahun, ainsi qu'à la réhabilitation de la pastorale après la deuxième guerre mondiale, traducteur et auteur de chansons et de la pastorale Xalbador (1991) pseudonyme de Fernando Aire (Urepel, Basse-Navarre, 1920-1976) l'un des meilleurs bertsolaris d'Iparralde, qui fut à l'origine avec Mattin de la réhabilitation du genre des deux côtés de la Bidassoa.

Pier Paul Berzaitz (Muskildi) acteur et auteur de pastorales est intervenu comme acteur principal dans plusieurs d'entre elles. Parmi ses oeuvres on peut citer Harispe Mariskala (Muskildi, 1991) et Atharratze jauregian (Atharratze, 1992). Il est l'auteur des changements les plus remarquables dans l'esthétique traditionnelle de la pastorale au profit de la danse et du chant. Ses dernières oeuvres Elkanoren semeak Les enfants d'Elcano (1998) et Euskaldunen Izpiritua L'esprit des Basques (1999) tiennent plus de la comédie musicale que de la pastorale.

Arnaud Aguergaray Bordachar est l'auteur des pastorales A. d'Oihenart (Muskildi, 1985) et de Sabino Arana (Garindein, 1996). Cette oeuvre de structure classique, très dense et maîtrisée, évite de tomber dans l'apologie du nationalisme et donne une image d'Arana universelle et non particulariste. Sa représentation qui a eu lieu le 21 juillet a pris une dimension tragique puisque l'acteur Pierre Paul "Pipo" Etxebarne y a trouvé la mort sur scène, mais elle s'est quand même déroulée jusqu'à la fin. Etxebarne était un acteur de la vieille école, il avait en effet participé en 1976, à l'âge de 18 ans à la représentation de Robert le Diable.

Patrick Queheille (Barkoxe) rend hommage dans son oeuvre Herriko semeak (1998) à trois personnages de son village natal. Beñat Mardo qui, selon les dires de Chaho fut l'un des plus grands bertsolaris de son époque, vingt volumes ne contiendraient pas ses oeuvres, s'il avait disposé d'un sténographe lors des séances poétiques qu'il donnait en toute occasion. Pierre Topet Etxahun, originaire également de Barkoxe, considéré par Haritschelhar comme le Verlaine basque, l'un des plus grands poètes romantiques. Et Léon Uthurburu qui vécut lui aussi au XIXème siècle et qui, après avoir émigré comme beaucoup en Amérique, revint au pays natal et légua tous ses biens aux pauvres et aux nécessiteux de Barkoxe.

Niko Etxart (Paris), fils de souletins exilés dans la capitale française. Il est auteur-compositeur-interprète de chansons traditionnelles et de rock. Son oeuvre Urrüti Jauregiko Peirot Pastorala (Altürükü) (2002) est une recréation de ballades traditionnelles qui remontent à la fin du XVème et au XVIème.

2. Toribio Alzaga et Euskal Itzundea (1915-1936)

Les soirées théâtrales eurent un tel succès qu'elles se propagèrent de Saint Sébastien à toute la province du Guipuzcoa Gregorio Mugica, directeur de la revue Euskalerriaren Alde (1911-1931) nous donne le compte-rendu des oeuvres représentées en basque dans la province, en 1912, en omettant toutefois un grand nombre de villages: 72 oeuvres différentes, dont 19 monologues, 40 pièces en un acte et 13 en trois actes, les noms des auteurs Marcelino Soroa et Avelino Barriola revenant le plus souvent.

La revue Eukalerriaren Alde a ainsi créé en 1912 une collection spécifique de petites oeuvres théâtrales, appelée Izarra, qui a publié entre 1912 et 1931 vingt six petites oeuvres, la plupart du genre comique, Toribio Alzaga, auteur de six d'entre elles, a eu le record de publication.

Toribio Alzaga (San Sebastian, 1861-1941) participa dès l'âge de treize ans à la représentation de Iriyarena, sous la direction de Soroa, ce qui marqua son destin. C'est lui qui mit en marche le "chariot basque de Thepsis" pour reprendre les mots de Labayen, chariot ingénieux et primitif si l'on veut, mais à qui il donna l'impulsion initiale qui permit d'assurer le développement ultérieur et le perfectionnement de l'art théâtral basque. Homme de grande sensibilité, il fut auteur et critique à la fois, comme le montrent les commentaires suivants sur les représentations en basque: ..."il est temps que les oeuvres basques ne doivent plus leur succès au patriotisme du public, mais à l'ensemble des moyens artistiques pour la plus grande gloire des représentations dramatiques".

Ces inquiétudes ne laissèrent pas indifférente la mairie de Saint Sébastien qui créa une Commission Auxiliaire de Théâtre. Suite à un rapport rédigé par l'auteur de théâtre et conseiller municipal Avelino Barriola, membre de la Commission de Développement, ladite Commission de Théâtre organisa un concours pour la création d'une Chaire Municipale de Déclamation en langue basque, dont le règlement transcrit par la revue Euskal-Erria disait entre autres: "Le professeur aura pour mission d'apporter aux élèves des connaissances générales sur le théâtre ,tout en leur offrant des applications pratiques selon la spécificité du cours; il leur apprendra à bien lire et à déclamer en basque et leur enseignera la mimique et le mouvement sur scène, ainsi que tout ce qui a trait à la représentation théâtrale, tant au niveau théorique que pratique".

Le verdict du concours désigna Alzaga à l'unanimité et celui-ci installa sa chaire au sein de l'Académie Municipale de Musique. Travailleur infatigable, un an plus tard, son répertoire comptait les oeuvres suivantes: Lagun txar bat et Gai dagoenaren indarra de Barriola, Dollora et Atzertokiya d'Elizondo, Barrenen arra de Soroa, Mikelatxo de Gamboa et ses propres pièces intitulées Bernaiñoren Larriyak et Axentxi ta Kontxesi.

Jusqu'en 1915, la compagnie théâtrale Euskal Fedea obtint de nombreux succès, mais à partir de cette date-là ce fut le répertoire de la compagnie Euskal Iztundea qui triompha non seulement à Saint Sébastien (59 représentations) mais dans toute la province de Guipuzcoa, avec 109 représentations en Biscaye avec 3 et même dans le Labourd avec une représentation.

En vingt-deux ans, cinquante et une pièces différentes seront représentées, parmi les plus jouées on relève Ramuntxo (18 fois), Garbiñe (13) et Ezer ez ta festa (11) à savoir, deux drames et une comédie, l'essentiel du répertoire étant des comédies. Les auteurs les plus représentés seront Alzaga avec vingt-trois pièces, Barriola avec cinq et Garitaonaindia avec trois, Elizondo, Eleizegui, Olaizola, Soroa, Iraola, Telleria avec deux, etc.

La pièce Ramuntxo, inspirée du roman de Pierre Loti, fut présentée avec la musique de Gabriel Pierné, en version d'opéra à l'Odéon de Paris, à Cadix et à Madrid. N'ayant obtenu aucun succès dans cette dernière ville, Alzaga décida de remanier l'oeuvre en donnant plus de vivacité au dialogue et plus de force à l'ensemble de la pièce, puis il la traduisit. Le résultat fut concluant et le succès se prolongea au-delà de la période de l'avant-guerre, pendant le franquisme. Cette oeuvre fut même portée à l'écran avec le même titre.

Macbeth, louée par une partie de la critique, dans une traduction du même Alzaga sous le titre de Irritza 'Ambition', dans une version en trois actes au lieu de cinq et un prologue, fut représentée deux fois, l'une en 1924 et l'autre en 1925. Cependant, certains critiques, pensèrent que cette tentative était stérile et prématurée, vu le genre de public peu enclin à la recherche d'originalité.

L'une des pièces les plus admirées fut également Garbiñe, de Catalina Eleicegui, drame historique en trois actes, dont l'action remonte au XIIIème siècle, et qui n'est pas sans rappeler la Marianela de Galdos. Selon un aimable commentateur de l'époque, cette pièce semble davantage l'oeuvre d'un auteur consacré que celle d'une débutante.

Dans le prologue de l'édition de quelques pièces de Alzaga intitulé "Toribio Alzaga edo euskal teatro burgesaren nahi eta ezinak" 'Toribio Alzaga ou les tentatives et les échecs du théâtre bourgeois basque' Xabier Mendiguren, compare les figures de Barriola et d'Alzaga, deux amis de Saint Sébastien qui ont tenté, avec plus ou moins de réussite, d'élever le niveau du public de théâtre, pour passer de la comédie de moeurs populaire à la création d'un théâtre bourgeois national. Il considère qu'Alzaga, expert en effets comiques et en dialogues pleins d'esprit, a échoué dans sa tentative, car il n'a pas su s'approprier opportunément l'idéologie nationaliste. En revanche, Barriola, a mieux réussi en mettant en scène, dans ses drames, la bourgeoisie nationaliste basque, où la femme joue un rôle prépondérant, la langue devient moins familière, fuyant à la fois le purisme et "l'odeur de la ferme", ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour le théâtre et atteignant une qualité jamais obtenue auparavant.

Après la première guerre mondiale et parallèlement à cette activité dans la capitale et la province du Guipuzcoa, en marge des représentations sporadiques, on voit surgir en Iparralde un théâtre de patronage, un théâtre sous l'égide de l'Eglise Catholique, qui naît à Senpere en 1921 sur l'initiative de Mr Mirande. Il sera suivi de " comédies", au ton comique, léger, créant une symbiose presque parfaite entre un public inculte et les acteurs, où apparaissent des sorcières, des diables, des couples, des célibataires hommes ou femmes, etc.

Les auteurs de ces oeuvres sont Jean Barbier, Léon Léon, Pierre Lafitte... Elles furent presque toutes publiées dans Gure Herria, revue qui naît à Bayonne en 1921 et qui paraîtra jusqu'au début de la seconde guerre mondiale en 1939, dans sa première version.

3. La journée du Théâtre Basque (1934-35-36 ) sous la Seconde République

La troisième époque du Nouveau Théâtre basque se déroule au cours de la Seconde République, elle est l'aboutissement d'une période qui commence en 1876, et se caractérise par une forte adhésion du public. Comme l'indique Iñaki Barriola, le groupe Euskalzalea Elkarteak 'Association pour le basque' né en 1928, commence par organiser l'Olerki Eguna' Journée de la Poésie' puis devant l'énorme succès remporté, il décide d'organiser une journée consacrée au théâtre, aussi au cours des années 1934-35-36 célèbre-t-on l'Eusko Antzerti Eguna ou 'Journée du Théâtre Basque'. Toujours en rapport avec le théâtre, un concours d'oeuvres théâtrales est organisé en 1932 avec la collaboration de la revue Antzerti dirigée par Antonio Labayen, les lauréats étant:

  1. J. Karraskedo pour son drame Etxe aldaketa;
  2. A. Amonarriz pour sa comédie Iturrian; et
  3. A. Arozena pour son monologue Urteurrena.

Lors du concours des groupes de théâtre organisé à Saint Sébastien pendant les mois de février, mars et avril,, treize groupes différents ont pris part dont douze du Guipuzcoa et un de Biscaye, la plupart d'entre eux provenant des batzokis (Pasajes San Pedro, Urnieta, Donostia, Ondarroa, Bergara, Renteria, Soraluze, Tolosa, Deba, Alegia,et Zumaia) le vainqueur fut le groupe des vétérans dirigé par Alzaga avec la pièce Ramuntxo.

Le 6 mai 1934 a été inaugurée en grande pompe la Première Journée du Théâtre Basque au Musée San Telmo de Saint Sébastien, avec la participation de toutes les personnalités importantes du moment. Lors de cette journée fut élue la nouvelle assemblée de Euskalzaleak,composée des membres suivants:le Président, Monzon;le Secrétaire, Ariztimujoñol "Aitzol"; et les membres de la section Théâtre, Labayen et Karraskedo.

En 1935, sur onze oeuvres originales qui ont été présentées au concours, deux ont été primées, Gabon de Tene Muxika, et Balujan de A.Arozena. Elles provenaient de groupes formés dans les Batzokis et Euzko-Etxeak 'Maisons Basques' (Isasondo, Alegia, Lezo, Zarautz, Legorreta, Oiartzun, Legazpi, Hernani, Azkoiti et Irun). Le groupe Mendiburu d'Oyarzun remporta le prix, avec l'oeuvre des frères Lekuona, intitulée Eun dukat, qui triompha non seulement dans le Guipuzcoa mais aussi, de l'autre côté de la frontière, au Labourd.

Enfin, au début de 1936, eut lieu le Troisième Concours de Théâtre Basque auquel participèrent neuf groupes (Alegi, Ondarroa, Andoain, Donostia, Zumaia, et Hernani). Le prix, d'un montant de 250 pesetas fut décerné à l'oeuvre de Karraskedo intitulée Garoa usaia, inspirée du roman Garoa de Domingo Agirre. La représentation de l'oeuvre eut lieu le 18 mai, au cours de la Troisième Journée du Théâtre Basque, au théâtre Victoria Eugenia par le groupe Euzko Etxea de Saint Sébastien.

L'activité théâtrale ne se limitait pas à la seule province du Guipuzcoa, en Biscaye également, sous le parrainage de Manu Sota (considéré par Labayen dans la revue Antzerti, comme le Cocteau basque ) et avec l'aide précieuse de Esteban Urkiaga "Lauaxeta", fut créé un mouvement qui s'étendit à presque tous les villages de Biscaye. C'est ainsi qu'à Durango, Bermeo, Lekeitio, Yurre ,Lezama, Mungia, Bedia, Zamudio, Gernika, Mundaka, Galdakao, Abadiño, Gatika, Forua, Larrabetu, Getxo, et Sopuerta , et dans d'autres lieux furent représentés, non seulement des monologues et des comédies de moeurs, mais aussi des oeuvres de Yeats, Maeterlinck et Pearce en les adaptant au génie et à la langue basques, pour conquérir un nouveau public, non averti.

Il faut souligner également le lien entre le théâtre et la Radio. Ainsi, tous les mercredis soir de 20h à 21h sous la direction des écrivains Zubimendi et Arzelus, on diffusait sur les ondes des oeuvres dramatiques qui étaient lues par des acteurs. Parmi ceux-ci, Beorlegi et Egilegor méritent une mention spéciale pour leur participation en 1932, dans les oeuvres Joxe Ebaisto, Arpuxa kalean, Neskazarra...

D'après la revue Antzerti créée et dirigée par Labaien, en 1934, les pièces intitulées Mox, Miss, Xapi et Axentxi ta Kontxesi furent interprétées à la Radio par les acteurs Egiguren et les demoiselles Toledo, sous la direction de Arozena. La revue Antzerti, qui en moins de cinq ans publia cinquante pièces, permet de suivre pas à pas les vicissitudes du théâtre basque sous la République, période faste pour les lettres basques.

De 1876 à 1936 le théâtre est lié au mouvement basquisant et nationaliste. La culture basque en général et le théâtre en particulier naissent presque du néant après la troisième guerre carliste et vont connaître leur apogée dans les années trente, mais, à l'instar d'autres mouvements populaires et culturels officiels, ils vont recevoir un coup mortel au moment du coup d'état franquiste.

4. Le théâtre pendant la guerre civile et en exil

Comme on vient de le souligner, le théâtre est le genre qui a été le mieux cultivé en basque, surtout à l'époque de l'avant-guerre, qualifiée par un critique comme l'âge d'argent de la littérature basque.

A cette époque, en effet, du mois de janvier au mois de mai avaient lieu tous les dimanches à Saint Sébastien des représentations préparées avec grand soin par des jeunes nationalistes de Guipuzcoa et de Biscaye,regroupés au sein de Euzko Iztundea [Ecole Basque de Déclamation] et dirigés par Toribio Alzaga.

On déplore, cependant, le manque d'études monographiques qui analysent cette période. Quant aux travaux que l'auteur de cet article a réalisés et qui recouvrent toute cette période historique, ils n'ont qu'un but de divulgation. Pour ce qui est de la période de la guerre, voici ce que nous dit Robert Marrast sur le théâtre de l'époque:

"En aquest país, les activitats del teatre profesional van centrarse principalment en espectacles lirics, óperes i ballets, patrocinats pel Consell de Cultura del govern basc (Testimonio de Leizaola, 1963). A Bilbao, el mes de novernbre de 1936, funciona el grup teatral de la Federación Universitaria Escolar de Euzkadi (UFEH) Bide Berria, sota la direcció de Luis Mújica i Antonio Ramirez. Va donar quatre o cinc representacions a benefici dels combatents i de llurs al Coliseu Albia, i després al front i als hospitals militars. El programa comprenia muntatges escénics de poemes del Romancero Gitano de García Lorca, poemes sobre la defensa de Madrid i congons revolucionáries. A vegades, els actors improvisaven sobre un tema donat, com en el cas de Combate de Luis Mújica, destinat a protestar contra els bombardeigs dirigits contra la població civil. El mes de setembre de 1936, una companya patrocinada per la junta de Espectáculos del Auxilio Social de Vizcaya va presentar al Coliseum Albia de Bilbao una obra de qualitat: Los cuatro caminos amb Guillermo Soto; al Teatre Arriaga, la companyia de Diaz Axtigas-Collado va donar una serie de representacions de Dueña y Señora de Navarro y Torrado."

En 1937, selon le journal Eguna, il y avait encore des représentations en euskera et en espagnol. C'est ainsi que le onze février le groupe Bilboko Euzko Gaztedija (Jeunesse Basque de Bilbao) a représenté les oeuvres Ezer ez ta festa ( C'est la fête pour rien!) et Iru gudari (Trois miliciens) cette dernière étant une oeuvre de Pearse, traduite et remaniée par Manu Sota et Lauaxeta.

A Bilbao, mais aussi dans la zone occupée de la Province on met en scène des oeuvres comme Nekanea (Dolores) et Uste diñat (Il me semble) dans le petit village d'Ea, et Negarrez igaro zan atsua (La vieille qui est passée en pleurs), une oeuvre de Yeats traduite et remaniée aussi par Manu Sota et Josu Altuna, représentée le 4 février à Bermeo.

Ce même 4 février, au théâtre Albia de Bilbao, les jeunes de Euzko Eresbatza et de Izquierda Republicana interprètent ensemble le drame historique de Sabino Arana, Libe. Enfin, le 30 mai 1937 au Liceo de Barcelone aura lieu, en solidarité avec les Basques la représentation de la pièce de Arturo Campion Pedro Mari.

Estanislao Urruzola,"Uxola" (Tolosa, 1909-1986), gudari (combattant basque) qui a connu différentes prisons, la dernière sous le franquisme en 1971, est un auteur prolifique, qui a écrit et publié des romans, des poèmes et des traductions. Dans le prologue de son oeuvre théâtrale Askatasun Garratza [Amère Liberté] il raconte qu'il écrivait des pièces de théâtre mineures dans la prison de Larrinaga (1938) où il a même réussi à en représenter certaines avec la collaboration d'autres prisonniers.

De l'autre côté de la Bidassoa, la revue Gure Herria continuait de publier à Bayonne des pièces de théâtre de cet auteur, dont une oeuvre traduite par Antonio Labaien (Tolosa, 1898-1994). Celui-ci est le premier critique de théâtre dans les années de l'avant et de l'après-guerre, et il écrit dans la revue Antzerti, dont il est le directeur, revue qui au cours des premières années de sa parution (1932-1936) a publié 54 numéros contenant , outre des informations sur le théâtre, et des articles de critiques une bonne cinquantaine de textes de pièces, certains originaux, d'autres traduits de l'espagnol, du français, de l'allemand et du grec.

Pendant son exil de huit ans dans le petit village labourdin de Sare, Labaien écrit la dédicace suivante pour sa comédie Muga [la frontière] publiée à Bayonne dans la revue Eusko Yakhintza: "A Madame Dutournier. Un certain jour, en venant de la frontière, je fis la connaissance d'une Dame au grand coeur à Seroraenea. Je lui offre aujourd'hui en signe d'amitié et de reconnaissance cette courte pièce, que les carabiniers j'espère ne découvriront pas".

La revue Euzko Gogoa, publiée au Guatemala et à Biarritz (1949-1959), a consacré une place prépondérante au théâtre, plus précisément 19,5 pour cent de ses textes on y trouve à la fois des créations et des traductions.

Parmi les créateurs il faut signaler Jon Etxaide, Antonio Labaien, Telesforo Monzon et Etienne Salaberry; et parmi les traducteurs Andima Ibiñagabeitia, Vicente Amézaga, Jokin Zaitegi et Benito Larrekoetxea qui ont traduit respectivement Benavente, Eschyle, Sophocle et Shakespeare.

Mais ces traductions n'ont pas toujours eu un écho favorable, Lafitte fait par exemple le commentaire suivant sur les versions grecques de Zaitegi: " Zer pentsa Sopokeleren trajeriez? Errazago direla grekeraz euskeraz baino..." (Que penser des tragédies de Sophocle? Qu'elles sont d'une lecture plus aisée en grec qu'en euskera).

Et dans le prologue aux traductions de Platon de Zaitegi, il pense que le traducteur gâche son talent. Par ailleurs à propos de la traduction de Virgile d'Ibiñagabeitia, il écrit:

"Eskual-unibertsitate edo Ikastegi goien bat erallk baladi egun batez alai berria daukuten Itzulpena arras baliosa litake, goreneko mailean litazken ikaslentzat. Anartean badut beldurra irakurle gutti izanen duen, zeren holako lan batek ez baitu oraikotasunik".

[(Quand on créera une université, cette traduction sera plus utile à des élèves de plus haut niveau. En attendant, je crains qu'elle n'ait peu de lecteurs, car des travaux de ce genre ne sont pas d'une grande actualité.)]

Ces mots écrits dans l'hebdomadaire Herria (9-III-1967) sont valables encore aujourd'hui, bien que l'Université du Pays Basque fonctionne depuis déjà plus de vingt cinq ans. Néanmoins, nous espérons publier bientôt ces traductions d'auteurs de théâtre classique, comme contribution à la connaissance du monde théâtral européen, après une mise au point orthographique et morphologique pour aider le lecteur d'aujourd'hui, habitué à d'autres règles de lecture.

5. Seconde étape de Euskal Iztundea (1953-1981)

Maria Dolores Agirre cette femme infatigable qui à plus de quatre vingt dix ans continuait à donner des cours d'euskera, réorganisa le groupe d'Alzaga dont elle avait été la première actrice et qui a duré le plus longtemps dans l'histoire du théâtre basque. Euskal Iztundea qui inaugura sa deuxième période avec la pièce Ramuntxo, le 21 décembre 1953, à l'ancien Kursaal de Donostia, a contribué en grande partie à l'essor d'une vie théâtrale intense, surtout dans les années 50 et 60, avec 92 représentations de 33 oeuvres différentes. Ces représentations ont eu lieu non seulement à Donostia, mais aussi à Bergara, Zarautz, Tolosa, Bilbao, Azpeitia, Irun, Elizondo, Andoain et Hernani.

On peut se demander si c'est un "Théâtre de Droite", pour reprendre les mots de José Monleon, car en effet on trouve des adaptations de Alejandro Casona comme Txalupak jaberik ez 'La barque sans pêcheur'. Mais on trouve aussi des adaptations des oeuvres de Molière, Gheon, Loti, Tagore, Garcia Lorca, Lozano, Buero Vallejo, Pio Baroja et Campion, sans compter les créations d'auteurs traditionnels comme Soroa, Alzaga, Barriola, etc ou d'auteurs plus récents comme Larzabal et Monzon, aussi de ce fait et compte tenu des circonstances ce théâtre relève-t-il davantage du "Théâtre de Résistance". Sa survie dans un contexte aussi hostile, est déjà une grande réussite, et il faut reconnaître qu'il a joué un rôle très positif dans la conservation de l'euskera.

Dans les années 60 on voit apparaître des groupes de théâtre dans tout le pays, et c'est encore un groupe de Donostia qui se fera remarquer. Il se dénomme Jarrai (1960-65) et marque une rupture avec les vieux modèles nationalistes, puisqu'il met en scène, non seulement Muñoz Seca, mais aussi Tennesee Williams, Priestley, O'Neill, Ibsen et Camus, ce qui implique un conflit de générations et un combat pour des nouvelles perspectives théâtrales.

6. Pierre Larzabal et Antonio Labaien

Antonio Labaien et Pierre Larzabal constituent les deux piliers fondamentaux du théâtre basque, le premier d'Hegoalde et le second d'Iparralde, ils sont les auteurs les plus prolifiques comme le prouve la liste de leurs oeuvres. Ils ont commencé à publier dans la période d'avant-guerre, et Labaien (Tolosa, 1898 -1994) n'a cessé de travailler jusqu'à sa mort.

Très critique envers les jeunes générations, l'écrivain de Tolosa, a pourtant été le traducteur d'auteurs d'avant-garde du XXème siècle, tels que Castelao, Dürrenmatt, Ionesco, Frisch et Brecht, adoptant de ce fait une attitude éclectique. D'un côté, il critique les groupes jeunes qui osent mettre en scène des auteurs européens ou américains, et de l'autre il est l'introducteur dans le monde basque d'auteurs qui représentent le théâtre symboliste, le théâtre de l'absurde ou le théâtre épique.

Larzabal dont la pièce maîtresse est sans aucun doute Matalas a un positionnement plus clair. Cette oeuvre représentée par le groupe Antzezkilarien Biltzarra en 1968 à Bayonne constitue le point de départ d'une nouvelle étape qui, grâce à l'activité de Daniel Landart, jeune auteur à ce moment-là, a produit ce qu'il a été convenu d'appeler le "théâtre engagé", dans une alliance féconde et de qualité avec la langue et l'histoire du Pays, d'où sont tirés les personnages-clés. Cette entreprise relève à la fois de la revendication, de l'enseignement et de la récupération d'une histoire délibérément ignorée par l'histoire officielle et récupérée à travers le théâtre, trouvant dans le drame historique une source d'inspiration quasiment inépuisable.

Comme le fait remarquer Landart, Etxahun, Bordaxuri, Matalas... parmi tant d'autres sont ces personnages célèbres qui comme dans les pastorales modernes, sont réinventés et recréés grâce à l'imagination et aux anachronismes poétiques dans une fonction clairement didactique.

Mais ce n'est pas le seul genre abordé par Larzabal et son disciple Landart, puisqu'on trouve parmi leurs oeuvres, des comédies de moeurs, des pièces de critique politique et sociale contemporaine, sans compter des oeuvres de tendance symboliste.

On a considéré dans les années 70, que le théâtre de l'après-guerre avait engendré trois générations, et s'il est vrai que les trois ont coexisté à un moment donné produisant avec le recul une image un peu éclectique, il est évident aussi que les trois correspondent à des moments politiques et culturels distincts.

Des auteurs tels que Nemesio Etxaniz et Augustin Zubikarai feraient partie de la première génération auxquels s'ajouteraient plus tard les noms de Larzabal et de Begiristain. Il s'agit d'auteurs qui commencent leur activité avant la guerre et la poursuivent inlassablement après, comme par exemple Maria Dolores Agirre et Antonio Labaien et dont la production est assez hétérogène.

La deuxième génération correspond aux années 60 avec Gabriel Aresti et Salvador Garmendia comme représentants principaux. Cependant l'oeuvre de ce dernier intitulée Historia Triste bat, bien qu'ayant provoqué un réel impact au moment de sa parution à cause de son appartenance au théâtre existentialiste, reste un cas isolé, car la véritable rupture viendra du groupe Jarrai qui sera le représentant de cette tendance et connaîtra une longue existence.

Puis vient la troisième génération, celle des années 70, avec Atxaga, Haranburu, Lete, Arozena, Landart... etc. Nous pourrions en ajouter une dernière, qui serait celle des écrivains et des groupes qui apparaissent non plus dans les dernières années du franquisme, mais en plein post-franquisme, tels que Koldo Amestoy, Eneko Olasagasti, Xabier Mendiguren, Yolanda Arrieta...

7. Gabriel Aresti et Bernardo Atxaga

Gabriel Aresti (Bilbao, 1933-1975) est selon les mots du jeune critique, auteur dramatique et réalisateur Eneko Olasagasti azken antzerkigilea 'le dernier auteur dramatique'(sic) Mais peut-être est-ce la facette la moins connue du poète de Bilbao et qui comprend d'une part l'adaptation en euskera des dramaturges universels comme Ugo Betti ou Ramon de Valle-Inclan avec les traductions de Delito all'isola delle capre et de Divinas palabras de ces deux auteurs repectivement, d'autre part, l'édition du théâtre basque du XVIIIème siècle où il revendique la figure de Barrutia ainsi que la farce de type charivari de l'auteur du XIXème siècle Jakes Oihenarte, intitulée Kaniko eta Beltxitina; et enfin la création d'oeuvres originales adaptées aux groupes de théâtre de jeunes et aux acteurs avec lesquels il eut une relation directe, et pour lesquels il écrivit Mugaldeko herrian eginikako Tobera 'Tobera représentée dans un village de la frontière', prix Toribio Alzaga de 1961, Eta gure heriotzeko orduan... 'Et à l'heure de notre mort', Justizia txistulari 'La justice chistulari', etc.

Sa personnalité de loup solitaire, difficile et redoutable, partait en guerre dans ses pièces contre le pouvoir arbitraire et la morale traditionnelle basque, créant ainsi une synthèse entre la tradition et l'avant-gardisme, que l'on pourrait qualifier, compte tenu de la valeur relative des étiquettes, de" théâtre populaire révolutionnaire".Sans aucun doute, Aresti fut la grande figure du monde culturel basque des années 60.

L'un des auteurs défendus par Aresti et qui par la suite a connu une renommée internationale, non pas pour son oeuvre théâtrale mais pour ses narrations est le guipuzcoan Bernardo Atxaga.

Il fait son apparition dans le monde des lettres basques en 72 avec une oeuvre clairement symboliste, intitulée Borobila eta puntua 'Le cercle et le point' où se mêlent éléments populaires et avant-gardistes. Ce sont précisément ces deux genres d'éléments qu'il va revendiquer dans un manifeste dont l'exergue est "Euskal Theatro Berria(ren bila)" 'A la recherche d'un Nouveau Théâtre Basque' et qu'il publie dans la revue Anaitasuna.

Les trois composants de base de ce qu'il appelle théâtre NHI, vont être les caractéristiques auxquelles se réfèrent ces initiales, à savoir N de 'National', H de Herritar 'populaire' et I de Iraultzaile 'révolutionnaire'. Atxaga fait mention dans ce manifeste, d'une part aux formes traditionnelles pré-théâtrales et théâtrales basques, comme le bertsularisme, les pastorales et les jeux, et d'autre part, aux auteurs, aux théoriciens, et aux groupes du XXème siècle tels que Stanislawsky, Brecht, Roy Hart, Grotowsky, Artaud, Peter Brook, Sastre, etc... Il évoque aussi l'expérience véritablement avant-gardiste des groupes de théâtre de l'époque Intxixu et Comédiens Ambulants.

8. La littérature dramatique des années 90

Depuis la publication de ce manifeste par Atxaga il y a exactement vingt cinq ans, la théorie et la pratique théâtrales en Euskadi se sont développées de façon très diverse et avec plus ou moins réussite. L'activité théâtrale, bon an mal an, se maintient vivante à l'école, dans la rue, ainsi que dans les divers ateliers qui ont été créés sous l'égide des Institutions municipales, provinciales ou communautaires. Les festivals et les groupes de théâtre, certains au parcours éphémère, se sont multipliés, mais les groupes de théâtre en euskera n'ont qu'une présence symbolique. A côté de remarquables réussites dans l'adaptation d'auteurs classiques de renommée mondiale tels que Strindberg et Dario Fo, les échecs de certains montages au coût faramineux comme par exemple Pipin, ont provoqué de fortes polémiques dans la presse dénonçant la politique désastreuse du Gouvernement Basque, au pouvoir pendant toute cette période, dans le domaine du théâtre et donc de la culture en général.

En effet son Antzerti Zerbitzua 'Service Théâtral' qui en dépend n'est pas bien dirigé et sa gestion a suscité de nombreuses protestations de la part du monde du théâtre basque, qui regrette, entre autres, le parcours éphémère de la seule revue de portée nationale Antzerti Berezia et de la collection de textes dramatiques restée incomplète, l'absence de scènes de théâtre dignes de ce nom dans de nombreux villages qui sont obligés d'offrir les représentations dans des frontons et dans des salles polyvalentes.

Toutefois les réflexions du conseiller à la Culture de cette époque, Joseba Arregi, lors de la présentation d'une étude sur la situation du théâtre basque, sont assez exactes car dit-il "le théâtre dépend entièrement des subventions octroyées par les institutions publiques, mais de nombreux professionnels du théâtre sont obligés de travailler dans d'autres secteurs comme le cinéma, la télévision et le doublage pour pouvoir survivre."

Cette étude fait état également de l'existence de 129 troupes de théâtre basques en activité, dont 30 qui sont considérées professionnelles se trouvent dans une situation alarmante. La situation est la même, sinon pire pour la littérature dramatique, qui est sur le point de disparaître, alors que dans le premier tiers du siècle c'était le genre littéraire le plus fécond.

9. Prix et auteurs

Voici la liste des prix décernés aux jeunes dramaturges par les différentes institutions, le prix Toribio Alzaga accordé par l'Académie de la Langue Basque Euskaltzaindia en collaboration avec le BBV, le prix Donostia Hiria,'Ville de Saint Sébastien' accordé en collaboration avec la banque GK.

Relation des lauréats et des oeuvres par année:

Prix Toribio Alzaga

1990, Xabier Mendiguren, Pernando, bizirik hago oraindio 'Fernando, tu es toujours vivant'.

1991, Luis Haramburu, St Cyran, Jainkoa gorderik 'Saint Cyran, le dieu caché'.

1992, Junes Casenave, Agota 'L' agote'.

1993, Désert.

1994, Xabier Mendiguren, Hilerri itxia 'Cimetière clos'.

1995, Juanjo Olasagarre, Hegazti erratiak 'Oiseaux errants'.

1996, Martin Irigoien, Hautsi da kristala 'La vitre est cassée'.

1997, Karlos Linazasoro, Burdin denda 'La quincaillerie'.

1998, Juan Karlos del Olmo, Jon Gurea, Parisen hatzana 'Notre Jean, toi qui gis à Paris'.

1999, Mikel Ugalde, Bake biltzarraren ildotik 'Dans le sillon du congrès de la Paix'.

2000, Juan Karlos del Olmo, Aldi joana, Joana 'Jeanne, la partie est finie'.

2001, Alaitz Olaizola, Zereko zera zertzen delako zereko zerarekin 'De ça et d'autre chose'.

2002, Aitor Arana, Lagun mina 'Mon ami de coeur'.

2003, Pablo Barrio, Ama, hor al zaude? ' Maman, es-tu là?'.

2004, Pantxo Hirigaray, 40 urteak 'Les quarante ans'.

2005, Joxean Sagastizabal, Moskatel team.

Prix Donostia Hiria

1991, Désert.

1992, Koldo Daniel Izpizua, Lore zimelduen sua 'Le feu des fleurs fanées' (accesit).

1993, Xabier Mendiguren, Garaia da Euskadi 'Garai c'est Euskadi'.

1994, Ramon Agirre, Errenta 'Le loyer".

1995, Aitzpea Goenaga, Zu(t)gabe 'Sans toi (ton appui)'.

1996, Antton Luku, Tu, quoque fili.

1997, Antton Luku, Antxo Azkarra, edo Miramamolinen esmeralda 'Sanche le Fort ou l'émeraude de Miramamolín'.

1998, Pantxo Hirigaray, Beherearta.

1999, Francisco Javier Cillero, Uztailaren laua Renon 'Le quatre juillet à Reno'.

2000, Pantxo Hirigaray, Lamindegiko lamiak 'Les lamias'.

2001, Enkarni Genua, Ostiralero afaria 'Dîner le vendredi'.

2002, Pantxo Hirigaray, Garatenea.

2003, Xabier Mendiguren, Telesforo ez da Bogart 'Telesforo n'est pas Bogart'.

2004, Alaitz Olaizola, Klitemnestraren itzulera 'Le retour de Clytemnestre'.

2005, Aitzpea Goenaga, Santxa kondesa 'La comtesse Sanche'. Voici une brève présentation bio-bibliographique de ces auteurs récompensés dans le genre de la littérature dramatique, le genre le plus oublié des éditeurs à l'heure actuelle.

Xabier Mendiguren (Beasain, 1964) est l'un des auteurs dramatiques les plus primés, mais selon ses déclarations récentes au journal Egunkaria (1999-VII-10) il a pratiquement abandonné le genre dramatique à cause du manque de lecteurs. Malgré son âge, il a déjà à son actif un certain nombre d'ouvrages littéraires et son oeuvre théâtrale comprend les titres suivants: Kampotarrak maisu et Kultur ministrariak digu errukirik 'Ils viendront d'ailleurs' et 'Un Ministre de la Culture sans pitié', comédies satiriques écrites en 1986, qui ont reçu le Prix de Théâtre "Telesforo Monzon" et publiées conjointement en 1987. Publikoari gorroto 'Je hais le public', écrite aussi en 1986, premier prix "Toribio Alzaga" décerné par Euskaltzaindia et publiée en 1987.

Expérimentation formelle sous forme de "happening" réalisée par un acteur et deux de ses partenaires, ils jouent et représentent le public sur scène. Pernando, bizirik hago orandio 'Fernando, tu es toujours vivant parmi nous', pièce écrite en 1986, qui a gagné le Prix déjà cité (1988) et a été publiée en 1989. Evocation d'un comique basque légendaire: Pernando amezketerra 'Fernando d'Amezqueta' Zabortegia 'La décharge', Hiru jolas gaizto 'Trois jeux pervers' et Horren maite zaitut 'Parce que je t'aime tant', trois oeuvres écrites en 1987 et publiées en un seul tome en 1993. Garai(a) da Euskadi ( jeu de mots que l'on peut traduire par 'Il est temps Euskadi' mais qui fait aussi référence à une localité basque qui existe réellement Garai, ce qui donnerait 'Garai c'est Euskadi'), écrite en 1990 et dont le propos est clairement nationaliste radical.

Hilerri itxia 'Cimetière clos' pièce écrite en 1994 et publiée dans Primer Acto (1997) Dans son Beasain natal, Mendiguren a vécu près d'un cimetière ancien qui a été fermé quelques années plus tard et remplacé par un autre plus important, dans un autre emplacement. De son balcon il a eu l'occasion d'observer le travail des employés municipaux qui retiraient tous les restes humains conservés là jusqu'alors, pour donner à ce lieu un usage différent. Cette image est restée gravée dans son esprit, et avec le temps lui a inspiré une oeuvre théâtrale où, à l'occasion du "nettoyage" d'un cimetière, deux personnages parlent de leurs désirs et de leurs sentiments.

Et enfin, Telesforo ez da Bogart 'Telesforo n'est pas Bogart' où il fait un pastiche du film Casablanca, et dont le protagoniste est Telesforo Monzon, Ministre de l'Intérieur du Gouvernement basque sur le chemin de l'exil vers le Mexique.

Luis Haramburu (Alegia, 1947) est l'auteur de nombreuses oeuvres historiques: Gernika (1977), Lancre, Loiola, Sabino, Zumalakarregi (1986), St Cyran (1992). C'est probablement l'auteur qui essaie de décrire ses personnages avec le plus d'exactitude (il s'agit toujours de personnages historiques) en les épurant, en les simplifiant et en leur donnant certains traits humains, mais en général il n'y parvient pas et ses figures sont plutôt de purs concepts idéologiques.

Koldo Daniel Izpizua (Zumaia) collaborateur habituel de El País et romancier, il est l'auteur d'une oeuvre intitulée Lore zimelduen sua 'Le feu des fleurs fanées' influencée par les symbolistes et Arrabal, son univers est proche de celui de Cimetières d'automobiles.

Ramon Agirre (Donostia) plus connu comme acteur ces quinze dernières années, pour avoir participé à plusieurs films et séries télévisées comme Barrenkale, il est aussi l'auteur d'une oeuvre brève intitulée Errenta 'Le loyer', qui raconte de façon comique les relations entre des jeunes à la recherche d'un appartement en cohabitation, et tous les problèmes qui surgissent entre eux.

Aitzpea Goenaga (Donostia,1959) a aussi fait ses débuts comme actrice , puis après avoir étudié à Antzerti, Madrid et New York elle est revenue au Pays Basque où elle travaille énormément. Elle a reçu le Prix d'interprétation féminine au festival de cinéma Paco Rabal de Murcie en 1992 ,pour son rôle dans Santa Kruz apaiza, 'Le curé Santa Kruz'.

Dans sa pièce de théâtre intitulée Zu(t) gabe 'Sans toi(ton soutien)' elle raconte la vie d'Isabel qui vient de perdre son mari Antton dans une sorte de monologue qui se transformera peu à peu, par une vision rétrospective, en un dialogue entre les deux. Santxa kondesa, drame historique, présente la lutte pour le pouvoir politique et ecclésiastique de manière symbolique avec un mélange de revendications féministes actuelles, sa structure théâtrale est solide et le langage y est vif et efficace.

Juanjo Olasagarre (Arbizu), traducteur de Auden et auteur de recueils de poésie et de livres de voyages, il a écrit Hegazti errariak 'Oiseaux errants' (1996), oeuvre pleine de vigueur et de fraîcheur, où les personnages ne cessent d'échapper à eux-mêmes de manière névrotique.

Martin Irigoien (Garazi) originaire de l'autre côté des Pyrénées, il est acteur dans le groupe Hiruak bat 'Les trois en un' il est aussi l'auteur de Amikuzeko toberak (1991) farce de critique sociale actuelle et de Hautsi da Kristala 'La vitre est cassée' (1997) dont l'action se situe au XVIème siècle mais qui est d'inspiration symboliste. Ces deux oeuvres sont parmi les meilleures de ces dernières années.

Karlos Linazasoro (Tolosa,1962), auteur de Burdindenda. Tragikomedia sasieruditoa ekitaldi bakarrean 'La quincaillerie. Tragicomédie pseudo-érudite en un acte' (1998), il pose le problème de la communication ou plutôt du manque de communication entre les êtres à travers les deux personnages uniques de la pièce le Vendeur et le Jeune. Dans une atmosphère étouffante, dans un monde clos et obsessif, l'ironie et l'humour noir se mélangent dans des dialogues courts et incisifs où plane sans cesse le suicide. Finalement, une porte s'ouvre sur l'espoir, dans un happy end et une série d'interrogations qui mènent vers la Beauté et l'Utopie.

Antton Luku (San Francisco, 1959) vit à Estérençuby en Basse-Navarre, il est instituteur, il a participé en tant qu'acteur aux représentations des toberas et il écrit des pièces de théâtre s'appuyant également sur des sujets historiques mais qu'il utilise d'un point de vue symboliste. Parmi ces pièces on peut citer: Ezkonduko ditugu 'Nous les marierons' (1995) Tu quoque fili (1996), où il fait une critique corrosive d'une famille bourgeoise de Bayonne; Antso Azkarra edo Miramamolinen Esmeralda 'Sanche le Fort ou l'Esmeralda de Miramamolin' (1997), et pour ses élèves il a écrit Manuela et Gerezitzea 'Le temps des cerises'.

Pantxo Hirigaray (Baïgorry, 1957), journaliste à Radio Adour, correspondant d'Euskadi Irratia et d'Irulegiko Irratia depuis 1984, il fait partie du groupe Xirrixti-Mirrixti avec lequel il a monté les oeuvres de Daniel Landart (1984, Nola jin ala joan 'On repart comme on arrive';1986, Gazteluko mutxurdinak 'Les vieilles filles du château';1991, Gezur mezur 'Tout est mensonge' et 1995, India Beltzak 'Les Indiennes noires') et il a lui-même écrit: Antton eta Maria (théâtre pour la radio), Otsoa eta bildotsa alegia 'La fable du loup et de l'agneau' (écrite pour le groupe de théâtre Kakotx), et les toberas Pontzio Gauxori 'Florent noctambule' (Baïgorry, 1992); et Otto Kristobal (Baïgorry,1997). Récompensé en 2000, 2002 et 2004 pour Lamindegiko lamiak 'Les lamies', Garatenea et 40 urteak 'Les 40 ans', oeuvres dans lesquelles il montre une vision ironique, critique et humoristique de la réalité actuelle, surtout celle du Pays Basque nord où il est l'un des animateurs les plus actifs du milieu théâtral en Basse-Navarre.

Juan Karlos Del Olmo (Baracaldo, 1958) professeur et directeur du Centre Permanent de L'Atelier de théâtre de Baracaldo, il travaille depuis 1993 comme traducteur à la mairie de Donostia. Il a publié en 1995 un livre de contes intitulé Innis Fodhla, amonaren ipuin irlandarrak 'Contes irlandais de la grand-mère Innis Fodhla', et il est l'auteur de la pièce de théâtre Jon gurea, Parisen hatzana 'Notre Jon, toi qui gis à Paris' (1998), où j'ai une certaine participation puisque les textes qui retracent la vie de Jon Mirande, poète et romancier basque de Paris sont recueillis pour l'essentiel dans quatre oeuvres différentes que j'ai publiées sur cet auteur. Il est aussi l'auteur de Aldi joana Joana 'Le temps a passé, Jeanne' où il présente l'époque de la Renaissance où la reine protestante Jeanne d'Albret régnait sur la Navarre et le Béarn.

Francisco Javier Cillero (Bilbao,1961) narrateur et traducteur de Hemingway, Fitzgerald, Bloch, Chandler, Twain, Dickens, etc., il a reçu le prix Donostia Hiria 'Ville de Saint Sébastien' 1999 de théâtre pour son oeuvre Uztailaren laua, Renon 'Le quatre juillet à Reno' parmi douze autres oeuvres présentées au concours. Il la situe aux Etats-Unis et traite de l'émigration et de la rencontre des différentes générations, et même si les personnages sont basques, les idées sont universelles.

Encarni Genua (Donostia,1942) a créé avec son mari Manuel Gomez la troupe de marionnettes Txontxongillo (1971). Son spectacle Erreka Mari, la dernière lamia (personnage mythologique basque au corps de femme et aux pieds d'oiseaux) du Pays Basque, a fait le tour d'Euskadi. Elle a aussi publié Ostiralero afaria 'Tous les vendredis on dîne', oeuvre' qui a été primée et qui traite de la nécessité de dialogue dans la société basque.

Pablo Barrio (Agurain,1958) prix Alzaga 2003 pour sa première oeuvre publiée Ama hor al zaude 'Mère, es-tu là?' qui raconte de façon réaliste la cruelle réalité de la faim et de tous les trafics en Afrique.

Aitor Arana (Legazpi 1963) auteur prolifique qui a cultivé plusieurs genres et obtenu divers prix. Parmi eux, celui de théâtre Alzaga 2002 avec Lagun-mina 'Ami de mon coeur'.

Mikel Ugalde (Renteria 1940) auteur de Anarberen bila 'A la recherche d' Anarbe' et de Bake biltzarraren ildotik 'Dans la ligne du Congrès de la Paix' prix Alzaga 1999. Il y présente une vision de la problématique sociale et ouvrière du milieu où il vit.

Alaitz Olaizola (Azpeitia 1975) prix Toribio Alzaga avec Zereko zera zertzen delako 'De ceci et de cela' (2002) et prix de la Ville de Donostia avec Clitemnestraren itzulera 'Le retour de Clytemnestre' où il fait une adaptation moderne du mythe classique grec.

Si je devais résumer le panorama de la littérature dramatique basque de l'après franquisme, je dirais qu'on observe des tendances et des courants divers (réalisme, comédie de moeurs, symbolisme, théâtre comique, théâtre historique, théâtre de l'absurde...) et que les auteurs sont en général relativement jeunes. En ce qui concerne le théâtre historique, la rigueur historique et le fait lui-même, ont peu d'intérêt, ils ne sont qu'un prétexte soit pour dénoncer la politique du temps présent, soit pour introduire des éléments poétiques, tels que la chanson et la danse dans la pastorale.

C'est pourquoi il n'est pas surprenant que face à une vision objective et réelle et donc négative de l'Histoire et de l'horreur quotidienne de la violence - il semble qu'il y ait depuis peu un certain apaisement - ce soit le théâtre comique qui se développe le plus, en accord avec la devise que Labaien a exposée dans sa poétique, negarra labur irria luze 'brève la plainte et long le rire', car comme le disait Rabelais il vaut mieux écrire des choses gaies plutôt que tristes , puisque le rire est le propre de l'homme.





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