XVIe siècle
XVIe SIÈCLE: LES PRÉMICES DES LETTRES BASQUES

© Aurélie Arcocha-Scarcia (UNIVERSITÉ MICHEL DE MONTAIGNE - BORDEAUX III / IKER-UMR 5478) a.arcocha@iker.cnrs.fr

© Beñat Oyharçabal (CNRS / IKER-UMR 5478) b.oyharcabal@iker.cnrs.fr
© Article traduit du texte original espagnol au français par Annie Etxeberri
Introduction1
Les textes littéraires basques les plus anciens datent principalement2 du XVIe siècle et les circonstances de leur création sont différentes selon qu'il s'agit de territoires basques de la Péninsule Ibérique qui appartenaient aux rois d'Espagne (Guipuzcoa, Biscaye, Alava et Haute-Navarre conquise récemment), ou du territoire aquitain de France gouverné par les rois de France. Il faudrait de plus tenir compte de la "Nouvelle Navarre" (Lafont 1970:51-52)3, royaume qui se trouvait entre les royaumes de France et d'Espagne et qui, bien que la Haute-Navarre ait été perdue, se consolida entre 1523 (date à laquelle se réunirent les Etats de Basse-Navarre pour prêter serment à Henri II4) et 1527 (date à laquelle il épousa Marguerite d'Angoulême).
Au cours du XVIe siècle, très peu de livres sont imprimés totalement ou partiellement en langue basque. Dans la partie franco-aquitaine quatre livres sont publiés entièrement en langue basque: le Linguae Vasconum Primitiae d'Etxepare (Bordeaux, 1545), la traduction du Nouveau Testament faite par Leizarraga, Iesus Christ Gvre Iavnaren Testamentv Berria, ainsi que l'édition des opuscules ABC et Kalendrera, traductions du même auteur, les trois ouvrages ayant été imprimés à La Rochelle en 1571. Dans les territoires bascophones appartenant au Roi d'Espagne, trois oeuvres bilingues furent éditées, en basque et en castillan: le catéchisme de Sancho de Elso intitulé Doctrina Christiana y pasto espiritual del alma para los que tienen cargo de almas y para todos estados, en Castellano y Vascuence, Pampelune, 15615, (Doctrine Chrétienne et nourriture spirituelle de l'âme pour ceux qui ont charge d'âmes et pour tous les états, en Castillan et en Basque) cité par le bibliophile sévillan Nicolás Antonio6 et aussi Isasti (Villasante 1961:64), l'ouvrage dont aucun exemplaire n'a été conservé Refranes y Sentencias comunes en Bascuence, declaradas en Romance con numeros sobre cada palabra, para que se entiendan las dos lenguas7, Pampelune, 15968 (Proverbes et Maximes communs en Basque, déclarés en Romance avec des numéros sur chaque mot, pour qu'ils soient compris dans les deux langues) et dont l'auteur est anonyme, et enfin la traduction que fit le docteur Betolaça du catéchisme de Jerónimo de Ripalda intitulée Doctrina Christiana en Romance y Basquenze, Bilbao, 15969 (Doctrine Chrétienne en Romance et en Basque).
La découverte en Février 2004 d'un manuscrit écrit vers 1566 en majeure partie en langue basque a ouvert de nouvelles perspectives philologiques et littéraires qui nous permettront de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de la production littéraire en langue basque en Pays Basque d'Espagne au cours de la seconde moitié du XVIe siècle.
Le propos de ces quelques lignes est d'offrir une vision générale et contrastée de la production littéraire en langue basque au cours du XVIe siècle, en nous penchant sur le Linguae Vasconum Primitiae d'Etxepare, 1545 (LVP). Le LVP est effectivement le seul projet littéraire de l'auteur dans cette langue vernaculaire sous forme de livre imprimé10: ce livre doit être mis en relation avec le grand mouvement humaniste européen de la première partie du XVIe siècle, mouvement qui est étroitement lié à la découverte de l'imprimerie. Il s'agit de plus du seul "livre-témoin" de cette période cruciale pour la langue basque. Mais c'est aussi un "livre-orphelin". Mener à bien ce travail d'impression fut certainement pour Etxepare une façon d'accéder avec succès à la "modernité" (Zumthor)11, mais il ne fit pas d?émule lors de ce siècle.
Dans cette même perpective nous parlerons d'abord des divers fragments littéraires en langue basque. Puis nous nous consacrerons brièvement au manuscrit attribué à Lazarraga (CDL). Et enfin nous proposerons une nouvelle lecture du LVP en mettant en exergue son aspect matériel: le LVP en tant que "livre-objet" libéré de tout anachronisme (Febvre). De cette façon, la vision traditionnelle que nous avons du LVP et de la position d'Etxepare en est radicalement rénovée: émerge un livre inconnu.
I. Fragments de textes littéraires
a) Les compositions littéraires du XVIe siècle que l'on a pu conserver dans la zone nord-pyrénéenne sont très rares. Grâce au témoignage fiable d'Oihenart, historien et poète du XVIIe siècle, nous savons qu'il a dû exister d'autres auteurs en langue basque. En effet, dans un manuscrit sur l'art poétique basque, il nous donne des noms d'auteurs inconnus auparavant comme Jean Detchegaray, contemporain d'Etxepare et auteur d'une pastorale12, c'est-à-dire une oeuvre pastorale intitulée Arzain gorria13 aujourd'hui perdue. Il a dû également y avoir des migrations intertextuelles entre le français et l'occitan dans des chansons. Un vers en langue basque, Zoaz zoaz ordonarequi, en est un témoignage; il est extrait d'une chanson fraançaise du XVe siècle (ou du XVIe). Une autre forme de production littéraire, témoignage de l'existence d'une certaine communication entre les gens lettrés pendant le règne de Jeanne d'Albret, est celle de la poésie panégyrique en langue basque en l'honneur de la naissance de son fils Henri III (futur Henri IV de France), poésie extraite d'un livre d'éloge multilingue publié en 1554. La multitude de langues est ici un signe d'abondance14, cela participe de l'accumulation hyperbolique qui souligne la majesté de cet événement.
Plusieurs ballades méritent une mention à part (appelées eresiak par Oihenart)15: La chanson de Bereterretche (Bereterretchen Khantoria), La dame du château de Tardets (Atharratze jaureguiko anderia), etc.,16 rapporté par l'historien du XIXe siècle Jaurgain et qui relate des faits ayant eu lieu le premier au XVe siècle et le second au XVIe mais dont la transcription date du XIXe (Chaho, Francisque-Michel, Sallaberry), ce qui nous oblige à être très prudents pour une datation de cette forme de productions ou au moins du texte en tant que tel.
b) Dans la zone péninsulaire, mis à part l'exemplaire incomplet imprimé de Refranes y Sentencias (Proverbes et Maximes) cité plus haut, les recueils de proverbes et maximes composés par le chroniqueur royal et généalogiste Esteban de Garibay17, la traduction en basque du Psaume 51 Miserere par Juan de Undiano18, l'élégie autographe de Juan de Amendux, conservée aux Archives Générales de Navarre, le corpus littéraire est composé d'un peu plus d'une dizaine de complaintes et de chansons anonymes, souvent très fragmentaires, transcrites par des chroniqueurs guipuzcoans et biscayens (Esteban de Garibay19 cité plus haut, García Fernández Cachopín et Juan Iñiguez de Ibargüen20 etc.), et par des chroniqueurs alavais (le généalogiste Lazarraga), tous étant auteurs de documents et de livres en castillan. Ces historiographes situent l'origine de ces textes isolés à des faits s'étant déroulés au cours du siècle précédent ou au cours du XIVe siècle.
Il faudrait ajouter à ce corpus les fragments trouvés dans des oeuvres littéraires imprimées en castillan, comme le Cantar de Perucho (la Chanson de Perucho), qui figure dans la Tercera parte de la tragicomedia de Celestina, 1536 (Troisème partie de la tragicomédie de Célestine) de Gaspar Gómez.
c) Les fragments de textes littéraires cités font partie d'un contexte plus vaste formé de fragments au caractère linguistique, existant déjà plusieurs siècles avant le XVIe, tant dans la partie en deçà des Pyrénées que dans la partie ibérique. Le témoignage écrit le plus ancien en langue basque se trouve dans les gloses du ms. num. 60 des Glosas Emilianenses, datées approximativement du milieu du XIe siècle.
Il existe aussi plusieurs documents comprenant des mots et des expressions basques, une onomastisque et même des étymologies (Ibargüen-Cachopín) annotés dans le Fuero General de Navarra (For Général de Navarre), dans des documents notariaux, dans des lettres, et dans divers procès.
Signalons aussi le récit de Lope García de Salazar (1399-1476), Bienandanças y Fortunas, et la Chronique Ibargüen-Cachopín déjà citée qui contient des phrases et des mots intéressants en langue basque, expliqués en castillan.
En ce qui concerne plus concrétement le vocabulaire de voyageurs antérieurs au XVIe siècle, on en trouve de très courts, comme celui qui figure, en latin et en basque, dans le guide de route d'un pèlerin français, Aimery Picaud de Parthenay-le-Vieux (XIIe siècle), ou encore dans celui qui a été écrit en basque et en haut-allemand dans le récit du pèlerin Arnold von Harff de Cologne (1496-1499). Déjà au XVIe siècle, l'humaniste sicilien Marineo Sículo insérait un court vocabulaire dans son De rebus Hispaniae memorabilibus (1533) et dans sa version castillane intitulée Cosas memorables de España (Choses mémorables d'Espagne). Le vocabulaire beaucoup plus vaste de Landucci mérite une mention à part, il ne pouvait se baser que sur Nebrija: Dictionarium Linguae Cantabricae (1562), étudié par L. Michelena (1958) et de nos jours par B. Urgell (2008).
Il faut également citer le dialogue en langue basque de l'Empereur Charles Quint avec un muletier, dialogue recueilli par Isasti, qui certifie, par des paroles liminaires, que «L'Empereur Charles Quint de glorieuse mémoire aimait parler basque, soit par crainte de son confesseur, de son chapelain et de son médecin qui étaient basques, ou qu'il en apprit quelques mots par curiosité»21.
Citons pour terminer le célèbre fragment en langue basque qui figure dans la troisième édition du Pantagruel (1542) de Rabelais, auquel nous pourrions ajouter deux prières liturgique qui viennent d'être découvertes dans un manuscrit inédit de la fin du XVIe siècle, écrit par le cosmographe A. Thévet22 (BnF, Paris).
Des études ultérieures poseront à nouveau la problématique des points de vue en vigueur à propos du corpus formé par les diverses compositions littéraires anonymes, comme les chansons, les complaintes, etc. Il conviendrait par exemple de se poser à nouveau des questions sur leurs "signes d'ancienneté" ainsi que sur l'impression des "fragments" (Zink 1996) qui en découlent23.
II. Le manuscrit de Juan Pérez de Lazarraga
Grâce à la découverte d'un cahier appelé Juan Perez Lazarragakoaren eskuizkribua (Lakarra, 2004), c'est-à-dire "Manuscrit de Juan Pérez de Lazarraga", on a pu trouver pour la première fois des témoignages concrets de la production littéraire en langue basque dans des milieux socialement privilégiés des provinces basques péninsulaires de la seconde moitié du XVIe siècle.
Lorsque seront terminées les éditions paléographique et critique de ce manuscrit, travail dirigé en ce moment par Joseba Lakarra (équipe de recherche JUMI)24, nous pourrons disposer d'un texte fiable d'un point de vue philologique, base sans laquelle il est impossible de réaliser une étude scientifique et, au contraire, sans en savoir plus en matière de littérature, on ne pourra jamais fermer ce texte avec des raisonnements uniquement linguistiques.
Ce cahier est incomplet et comprend 51 feuillets. Apparemment, on peut distinguer plusieurs types d'écriture et plusieurs mains différentes (trois ou quatre au moins) de différentes époques. Plusieurs références dans ce même texte semblent désigner un auteur principal: Juan Pérez de Lazarraga, seigneur de la Torre de Larrea appartenant à la célèbre lignée des Lazarraga. Cette lignée dont les branches sont disséminées entre Oñate et Salvatierra-Zalduondo, «a produit un écrivain connu, un généalogiste érudit qui consacra de nombreuses années à réaliser une étude généalogique de sa lignée qu'il termina aux alentours de 1589 et dont il existe différentes copies dans plusieurs archives privées. Curieusement, cet écrivain est Juan Pérez de Lazarraga, Sr. De la Torre de Larrea, tout comme celui qui est cité dans l'étude généalogique» (Aguinagalde 2004: 3-5). L'hypothèse d'Aguinagalde est que le généalogiste et le "poète" auteur du cahier manuscrit sont une seule et même personne.
Juan Pérez de Lazarraga semble avoir écrit dans ce cahier, au moins entre 1564 et 1567 (dates qui apparaissent dans les feuillets 21, 23 et 48)25, mais cela n'est pas clair26 et il existe probablement des parties plus tardives27.
Le premier tiers du volume est une oeuvre pastorale incomplète en prose et en vers. Il est possible qu'il s'agisse de la traduction ou de l'adaptation d'un roman pastoral castillan. On ne sait pas encore s'il existe une quelconque relation entre cette oeuvre et le reste du cahier qui comprend des compositions poétiques (d'amour, religieuses, etc.) en langue basque et certaines en castillan (Lakarra 2004:XII).
Le manuscrit de Lazarraga constitue la preuve que, en dehors des fragments littéraires recueillis par les chroniqueurs et les généalogistes du XVIe siècle et insérés dans des textes castillans, et en dehors des livres déjà cités, imprimés totalement ou partiellement en langue basque, il exista une autre forme de production littéraire dans cette langue. Le prouvent par exemple les deux poésies citées par Micoleta (1653) dans le paragraphe intitulé "Modo de la vizcayna poesia y sus versos" (Michelena (1964) 1990: 132-155), la "poesía galante vizcaína de los siglos XVI y XVII" (Sarasola 1990:87-90), ainsi que les deux autres exemples poétiques transcrits par Oihenart dans le manuscrit Art Poétique Basque... de 1665 (Lafitte, 1967) que nous pouvons considérer comme une partie d'un corpus littéraire commun aux XVIe et XVIIe siècles.
C'est absolument une oeuvre de la Renaissance, comme le montrent le type de production littéraire, la calligraphie utilisée, etc., mais on ne peut la comparer au LVP d'Etxepare. Le cahier de Lazarraga et le LVP appartiennent non seulement à deux époques très différentes du XVIe siècle mais également à deux zones géographiques différentes et surtout à deux types de production différents: l'imprimé et le manuscrit. On peut dire qu'il s'agit plutôt de deux productions parallèles et qu'il n'existe aucun pont entre elles. Le LVP, livre de poésies écrit en basque, langue vulgaire non romane, sans tradition érudite et diffusé par une imprimerie située sur des terres franco-aquitaines, a dans son entourage la génération des premiers humanistes installés à Bordeaux, comme le démontre le péritexte éditorial. Il est alors évident qu'on ne peut le comparer à un cahier manuscrit à usage privé, dont l'aspect est celui d'un brouillon, d'un centon ou d?un dossier écrit plus de vingt ans plus tard, et certainement bien plus encore, comportant des citations de plus d'un auteur, dans des zones géographiques différentes et dans une atmosphère politico-religieuse totalement différente (ces deux concepts sont unis au XVIe siècle).
III. Linguae Vascomum Primitiae (1545)
Nous allons examiner le LVP d'une façon tout à fait nouvelle. En premier lieu, nous examinerons les "seuils", comme dirait Genette, du livre-objet afin de nous arrêter sur les zones qui entourent le texte pour ensuite analyser les discours qui se présentent en trois grands axes: discours métalinguistique, discours amoureux et discours politico-religieux.
Le LVP est jusqu'à ce jour la première et la seule oeuvre littéraire imprimée en basque au XVIe siècle, fruit, d'une part, de l'intention de l'auteur -l'auteur sait de façon certaine que les lettres basques naissent avec leur défense et l'illustration poétique de la langue-, et de l'acte d'imprimer, d'autre part, étant donné que l'auteur pense que l'impression est le seul moyen pour que les lettres basques accèdent à un nouveau statut.
III.1. Les seuils du LVP
Comme nous l'avons dit plus haut, lorsque l'on aborde le LVP il convient de prêter l'attention nécessaire aux "seuils", ou aux paratextes, péritexte et péritexte éditorial, qui entourent le texte lui-même. Nous avons adopté la terminologie genettienne pour mieux définir ce que put être la "venue au monde" du LVP.
Plusieurs éléments de la péritextualité révèlent une relation avec l'atmosphère humaniste, comme par exemple: 1. Le genre de titre du livre: court, simple, de type thématique. 2. La caractéristique de l'épître de dédicace qui fait office de préface. 3. La particularité de la devise en latin Debile Principvm Melior/ Fortvna Seqvatvr située à la fin du texte qui sert à éclairer le sens du titre mais également le livre tout entier et qui sert de "signe de culture", remplissant ainsi les conditions requises à "l'épigraphe terminal" particulièrement développé au XVIIe siècle, selon Genette.
D'autres éléments paratextuels qui sont un témoignage de l'environnement humaniste dans lequel fut édité ce livre sont tous ces signaux appartenant stricto sensu au "péritexte éditorial", comme par exemple:
1) La couverture intérieure. Dans ce cas elle est imprimée en latin pour que, probablement, tout lettré européen puisse recevoir le message immédiatement. Sur la couverture intérieure sont mentionnés le nom du livre Lingvae Vasconvm Primitiæ, ainsi que l'identité et la fonction sociale de l'auteur (per Dominum Bernardum Dechepare, Rectorem sancti michaelis veteris)28. Le second espace est occupé par la gravure. Toutes ces indications sont nouvelles dans les livres imprimés puisqu'au cours des époques médiévales le souci moderne qui consiste à indiquer le nom de l'auteur de l'oeuvre n'existait pas (Febvre-Martin).
2) Le point final du livre, suivant la coutume qui durera jusqu'aux années 1550 dans les imprimeries françaises. Celui du LVP rend compte en français d'une requête de privilège de trois ans. De tels avertissements se généralisèrent dans les livres français au cours de ce siècle, que ce soit par crainte de falsifications, ou à cause des pertes financières subies ainsi par les éditeurs.
3) L'Advertant impresor. Cet avertissement adressé en latin aux imprimeurs et aux lecteurs est la preuve de ce que, un quart de siècle avant l'ABC (La Rochelle, 1571) du traducteur Leizarraga, il y eut au moins une tentative pour élaborer des règles d'orthographe et de prononciation en langue basque. Leizarraga fut le premier auteur qui fixa l'alphabet de façon complète et précise, les diphtongues, les lettres "qui sont jointes" (Letra elkarri datchetzanac), les abréviations, la ponctuation et la prononciation syllabique. Les destinataires étaient les enseignants basques qui apprenaient à lire aux enfants et aux jeunes afin qu'ils puissent déchiffrer le texte du catéchisme réformé (celui de Calvin)29. L'avertissement qui figure sur le livre d'Etxepare, en revanche, est très court et souligne seulement les innovations introduites dans le LVP. On avertit par exemple que "le z n'est jamais mis à la place du m" (quod.z.nunquam ponitur pro.m)30, que la prononciation exacte de la nouvelle graphie ç (introduite officiellement en France par Tory dans les années 1529-1533) devant les voyelles a, o, u, dont la valeur phonique, écrit Etxepare (ou Lehet), est identique au c devant les voyelles i, e, c'est-à-dire «un peu plus âpre que le z dans ce, ci» (paulo asperius quam .z. vt in .ce.ci). La sifflance dentale sourde z, à laquelle l'auteur de cette note fait référence, a ici clairement la valeur phonique qu'on lui donnait alors en français et en latin, c'est-à-dire ss (Tory)31.
4) La typographie. Le LVP est imprimé en ronde humaniste, lettre d'imprimerie introduite en France par Tory en 1529, ce fut précisément François Morpain qui l'introduisit à Bordeaux en 1542. Pour souligner l'actualité du LVP, il est important de remarquer que jusqu'à la seconde moitié du XVIe siècle dans le royaume de France les lecteurs, parmi lesquels on comptait autant de bourgeois que de gens du peuple qui savaient lire, préféraient les livres imprimés en lettre "gothique batarde" à ceux qui étaient imprimés en lettera antiqua, lettre d'imprimerie humaniste qui selon Febvre ne se généralisera en France que dans le seconde moitié du siècle. La raison en était simple: la "gothique batarde" ressemblait plus à la calligraphie manuscrite.
5) En ce qui concerne la ponctuation utilisée par Etxepare dans l'épître de dédicace en prose et dans les "couplets", il suffit d'y jeter un coup d'oeil pour se rendre compte tout de suite que ne sont pas appliqués avec rigueur les nouveaux préceptes sur la ponctuation préconisés cinq ans plus tôt en France par l'humaniste Etienne Dolet dans La Pvnctvation de la Langve Françoyse (in La manie de bien tradvire d'vne langve en aultre..., 1540). A part la note finale en français, les virgules sont pratiquement inexistantes dans le corpus en langue basque. En ce qui concerne l'utilisation du point final que l'on doit faire figurer, selon Dolet, à la fin de la phrase, la phrase suivante commençant par une majuscule, dans le LVP le point se trouve effectivement à la fin de certaines phrases de la préface en prose, mais pas systématiquement. Parfois sa place est indiquée par un blanc typographique et par la majuscule qui commence la phrase suivante. Dans les autres cas, il se trouve à la fin du couplet ou de la strophe, comme dans la laisse française ou dans le couplet castillan. Son usage est traditionnel: souvenez-vous de la règle prescrite par Juan del Encina dans son Cancionero, 1496 (Recueil de chants) qui, en parlant de la ponctuation du couplet, dit la chose suivante: «en fin de la copla ha se de poner colu(mna) q(ue) es un pu(n)to solo»32 (Encina (1496) 1928: vj). Dans les poésies du LVP, l'unité sémantique et grammaticale de chaque vers est marquée, sauf exception, par la ligne typographique, sans aucune ponctuation à la fin, le vers suivant, ou bien la ligne suivante commençant par une majuscule33.
6) Les gravures en bois qui figurent sur la couverture intérieure et à la fin de la Préface du LVP. Les deux gravures christiques, avec l'image de la Croix de la Passion au centre dans les deux cas, sont des icônes tout à fait au goût des réformateurs de toutes tendances en France et, bien qu'on ne puisse certifier qu'ait existé une intention particulière pour son utilisation dans le LVP, il est nécessaire de souligner qu'elles rappellent la devise christique d'Erasme: «Mettre le Christ devant soi comme unique objectif». C'est une façon de se référer symboliquement à La Imitatio Christi. Il faut remarquer qu'on observe un grand contraste entre ces gravures religieuses et la connotation totalement profane du titre.
7) En ce qui concerne la reliure personnalisée, faite probablement quelques années après sa publication, sans que nous sachions où elle a été faite, nous avons décidé, de façon assez arbitraire, de l'inclure également dans le domaine de péritextualité éditoriale. En vérité, qu'il s'agisse de la reliure ou de la vente de livres, c'était souvent au XVIe siècle des activités liées au métier d'imprimeur. La reliure luxueuse de l'unique exemplaire conservé du LVP fut décrite par le bibliophile Julien Vinson qui précisait, sans plus de détails, qu'elle provenait de la bibliothèque des princes de Condé. Après avoir pu examiner en 2006 et 2007 cet exemplaire du LVP à la BnF Tolbiac de Paris, nous sommes en mesure d'ajouter quelques précisions à propos de l'identité du propriétaire, précisions qui ont leur importance dans sa réception34. Les armes héraldiques qui figurent sur la couverture extérieure en cuir sont celles de Louis I de Bourbon Condé (1530-1569), frère cadet d'Antoine de Bourbon, mari de Jeanne d'Albret depuis 1548 et roi de Navarre de 1555 à 1562. Il est possible que le LVP provienne de l'une des bibliothèques de sa famille politique: celle de sa belle-soeur, la reine Jeanne d'Albret qui en avait peut-être hérité de Marguerite de Navarre, sa mère, poétesse, auteur de l'Heptameron et protectrice de nombreux écrivains aux idées réformistes comme Lefèvre d'Etaples ou le poète Clément Marot. Marguerite avait aussi de bonnes bibliothèques sur ses terres de Navarre, à Pau, à Odos, à Nérac, et d'autre part elle était toujours vivante en 1545 lorsque fut imprimé le LVP. On ne sait rien du parcours que connaîtra ensuite le LVP jusqu'à ce qu'il arrive à la bibliothèque royale, aujourd'hui BnF. Le sceau rouge, estampillé Bibliothèque royale de la couverture intérieure indique que le livre dut probablement entrer dans l'actuelle BnF au cours du XVIIIe siècle.
Le LVP est "lisible" sémiotiquement par tout destinataire extérieur à condition qu'il sache le latin et qu'il soit au fait des courants humanistes qui composent l'univers de ce livre. Certains signes paratextuels, comme le titre thématique et la devise finale en latin, la typographie choisie, etc., l'informent immédiatement du fait que le LVP appartient à son monde, c'est-à-dire à la première partie de la Renaissance française, époque, comme on le sait, ouverte aux courants les plus novateurs venant de la Renaissance italienne.
Cependant, le principal receveur du LVP appartient à une communauté linguistique précise: celle qui sait lire et qui comprend le discours en langue basque développé dans le livre. Ce destinataire sait d'entrée, parce que «l'exigence préfaciale» est précisée et parce que le statut matériel du livre avec sa paratextualité particulière de livre imprimé le dit aussi, que sa langue vernaculaire, dépourvue de tradition érudite jusqu'alors, vient de transgresser une limite avec son impression. C'est indubitablement la préoccupation raffinée d'une personne lettrée. Lafon le remarquait déjà lorsqu'il analysait son aspect poétique: « ... un art déjà sûr préside à leur composition et à leur mise en place. Le poète utilise avec adresse les procédés variés, anciens ou plus récents, que la langue lui offrait» ((1951) 1999:756). Etxepare n'est en aucun cas "populaire" dans le sens de "non cultivé". Le jugement méprisant exprimé par Oihenart 120 ans plus tard, à une époque où les critères esthétiques étaient différents de ceux de la première partie du XVIe siècle en France, ne doit pas être pris au pied de la lettre sans tenir compte de la distance inévitable existant entre la poésie des deux écrivains.
Après avoir pénétré dans le LVP par les seuils et les vestibules de la paratextualité, nous examinerons sa polydiscursivité: 1) le discours de défense et d'illustration de la langue ou discours réflexif; 2) le discours amoureux; 3) le discours politico-religieux.
IV. Pluralité de discours dans le LVP
IV. 1. Discours linguistique réflexif sur la langue
Le propos d'Etxepare est d?adapter à la langue basque ce qui se fait pour le français, seule langue de référence extérieure qui soit citée dans le LVP, en présentant pour la première fois une défense et une illustration dans cette langue, démarche qui était très à la mode depuis la fin du siècle précédent dans les langues vernaculaires voisines. Dans le LVP cela consiste, comme nous venons de le voir, en un discours métalinguistique paratextuel énoncé par le titre thématique et la devise finale en latin qui se trouve dans la préface et aussi par la typographie.
Mais le discours linguistique s'élargit ensuite à l'intérieur du corpus dans les deux poèmes de fin Contrapas et Sautrela, grâce à l'allégorisation de la langue (dans Contrapas), la forme prosodique choisie ainsi que les migrations textuelles. Les deux compositions ont un lien de parenté avec le rondeau français dont les formes rénovées ont été recueillies par Sebillet dans son Art Poétique (1548), 1556). La structure du rondeau vient de l'usage particulier du refrain: sa structure est circulaire, la danse à laquelle elle était et est peut-êtrre encore liée est elle aussi circulaire35. Les Grands Rhétoriqueurs et Clément Marot mirent à nouveau cette technique à la mode dans la France de la première moitié du XVIe siècle, technique très plastique du rondeau médiéval que le groupe poétique de La Pléiade, avec Du Bellay à sa tête, rejettera dans la seconde moitié du siècle. Il faut noter que pour Etxepare le lien rondeau/danse est encore transparent, bien que Contrapas et Sautrela soient des noms de danse, le contrapas se dansant en cercle36. Il est possible qu'Etxepare ait connu, en dehors des différents rondeau en vogue en leur temps (le triolet, le "rondeau simple", le "rondeau double", le "parfait"), d'autres variantes et qu'il ait accompli un acte de virtuosité pour ces prémices du linguae vasconum. Il est possible qu'Etxepare, dans Contrapas, ait eu à l'esprit le contrepas, très connu et dansé, et que les deux formes de refrain de type rondeau, la longue et le rentrement dont nous parlerons ensuite, se soient référées aux pas typiques du contrepas, pas long et pas coupé. Le refrain du Contrapas a en effet un statut particulier: 1) il se répète à la fin des trois premiers couplets, le long refrain du début «Langue basque va à l?extérieur» isolé typographiquement, (Heuscara ialgui adi ca(m)pora) avec une variante à la fin et 2) le rentrement ou palonodie se répète à la fin des trois couplets suivants (Sébillet 1548). Cette technique consiste à répéter à la fin de chaque strophe, toujours entre deux blancs typographiques pour l?isoler, non pas l'hémistiche du refrain liminaire cité, comme on a coutume de le faire dans les rondeau, mais plutôt le seul (et significatif) mot: Heuscara ("langue basque") a la manière du rondeau connu du rhétoriqueur Lemaire de Belges Grande concorde et petite avarice, où on répète seulement l'adjectif grand à la fin de chacune des deux strophes suivantes. Il fut aussi imité par Clément Marot dans le rondeau Aux damoiselles paresseuses d'écrire à leurs amis. Là le refrain liminaire est Bonjour: et puis, quelles nouvelles, et le rentrement seulement le bonjour! Il est possible également que le syntagme verbal du refrain ialgui adi ("va à l'extérieur"), du Contrapas, soit relié intertextuellement au rondeau de Marguerite de Navarre intitulé Madame Charlotte parlait à son âme, dont le refrain liminaire est saillez dehors, mon âme, je vous prie et rentrement: Saillez-dehors. Il s?agit ni plus ni moins de la version française du célèbre ialgui adi d'Etxepare. Dans Sautrela, Etxepare choisit plutôt une autre variation inspirée du rondeau français qui consiste à fermer le poème de façon circulaire grâce à un refrain liminaire qui se répète à la fin, précédé d'un air de danse qui sert d'amplification.
Après cette première illustration en abyme où la langue s'autocontemple au fur et à mesure qu'avance le livre, la seconde illustration intervient grâce à 11 poésies dont la rhétorique tourne autour du thème.
IV.2. Le discours amoureux
Dans les poèmes d'amour, tous très travaillés d'un point de vue rhétorique, on distingue deux groupes différents. Le premier est formé des trois premières compositions. Sa fonction n'est pas uniquement d'illustrer les potentialités de la langue dans laquelle ils sont écrits mais également d'établir et d'expliquer la position du "je" de l'auteur. Ils se présentent dans l'ordre suivant:
1) «Avertissement aux amoureux» (Amorosen gaztiguya), où le "je" poétique (dans ce cas il s'agit de l'auteur) prononce d?entrée son acte de foi maritale, se situant sur le terrain de l'amour spirituel et non mondain.
2) «En faveur des femmes» (Emazten fluore), est tout à fait dans le ton avec les Declamatio en faveur des femmes -et non plus à la fois en faveur et contre les femmes comme dans des époques antérieures-, à la mode dans la littérature européenne de la première partie du XVIe siècle. Sont énumérées les différentes qualités des femmes, l'énumération se terminant par le climax qui suppose l'évocation du coït entre homme et femme. Bien que la réception de ce quatrain ait été problématique au XIXe siècle, ayant même été censuré, le ton utilisé, comme le remarqua le Prof. Lafon, est toujours élévé, jamais libertin (Lafon (1952) 1999: 772).
3) «Couplets de mariés» (Ezconduyen coplac) est en revanche l'occasion de réaliser une Declamatio contre les mariés.
Les huit poèmes suivants sur l'amour s'articulent selon diverses situations amoureuses fictives qui font partie de la casuistique habituelle. Leur fonction est à la fois récréative et illustrative des dangers de l'amour. Mais sans perdre de vue l'objectif général d'Etxepare qui est de montrer la plasticité de la langue basque dans toutes les formes de rhétorique amoureuse.
Cinq poésies se situent dans la tradition néo-pétrarquiste héritée de la lointaine courtoisie occitane: «Celui qui est amoureux en secret» (Amoros secretuqui37 dena), «Séparation des amoureux» (Amorosen partizia), «L'amoureux jaloux» (Amoros gelosia), «Requête amoureuse» (Amorez errequericia) et «Mépris de la cruelle bien-aimée» (Amore gogorraren despita). La relation amoureuse est de préférence adultère, comme l'exige le genre, ou bien elle est empêchée par des ennemis, ce qui suppose qu'elle soit parfois secrète et qu'elle soit une souffrance pour les amoureux, et surtout pour l'homme -le "je" masculin intervient souvent dans les poèmes-.
Trois compositions ne font pas partie de la tradition courtoise: les poésies dialoguées «Demande de baiser» (Potaren galdacia), «Dispute des amoureux» (Amorosen disputa) et enfin «Faites-moi plaisir, allez-vous en à l'heure mauvaise»38 (Ordu gayçarequi horrat çaquiçat), une seule strophe de quatre vers qui manifestement fait partie d?un poème dialogué et déjà commencé. Il pourrait s'agir du fragment d'une composition perdue ou simplement, comme le pense aussi Lafon, un quatrain isolé appartenant à la pièce précédente, «Dispute des amoureux», de facture prosodique identique.
Le personnage féminin n'est plus inaccessible, la verticalité s'est rompue, l?homme ne se consume plus d'amour aux pieds de la dame et, par conséquent, c'est lui qui dirige la relation amoureuse. Le viol, dont il est clairement question dans «Dispute des amoureux» («Vous voulez donc me forcer?», Oray nahinuçuya heben vorchatu), ne se montre pas et il est possible qu'il fasse partie du jeu amoureux entre les deux jeunes célibataires. Le corps féminin n'est pas évoqué, le désir érotique est comme effacé. Tout se passe comme si l'auteur, beaucoup plus à son aise dans la structure courtoise de la rhétorique amoureuse, avait décidé de varier le jeu rhétorique et d'expérimenter le mode "discourtois" dans des disputatio où, laissant de côté le pathos amoureux, la relation homme-femme s'instaure de façon horizontale, permettant l'usage de l'humour et de l'ironie. Une illustration supplémentaire de la plasticité de la langue basque capable de s'adapter à toutes les variations de la rhétorique amoureuse.
Cependant, le discours principal du LVP n'est pas le discours amoureux. A côté de la claire position linguistique, il existe un autre discours, plus subtil mais fondamental: le discours politico-religieux.
IV.3. Le discours politico-religieux
Les poésies religieuses d'Etxepare se divisent, selon nous, en deux grands groupes39: 1) La «Doctrine Chrétienne» (Doctrina Christiana, DC), avec des prières pour les moments-clés de la vie et un «Décalogue»; 2) Le «Jugement général» (Iudicio generala, JG).
Les poésies religieuses sont un élément fondamental de la "défense et illustration" de la langue basque car elles dévoilent la position idéologique de l'auteur. Le simple fait de proposer, pour la première fois et sans traduction, une doctrine chrétienne en langue basque en vers est significatif: il montre la volonté de se mettre directement en contact avec le lecteur ordinaire, capable de lire et d'apprendre par coeur des textes de dévotion écrits en langue vernaculaire, et même de divulguer cet enseignement de façon simple. On remarque également que dans les pays aquitains bascophones les lecteurs sont déjà prêts à lire les traductions de textes sacrés dans leur langue avant 1545, c'est-à-dire un quart de siècle avant l'édition par Leizarraga du TB. Cela revêt encore plus d'intérêt si l'on examine le champ lexical de la DC, et si l'on s?arrête sur des mots-clés comme «les bonnes oeuvres» (obra honac), «prière» (oracione), «grâce» (gracia), «coeur» (vihoça) etc., ou dans les signes du discours de l'acte d'énoncé: le "je" central de l'auteur-locuteur, le "vous" qu'il utilise dans sa relation avec Dieu (situé plus haut) à qui il parle directement et le "tu" familier, utilisé plusieurs fois au mode impératif («pense» pensa eçac; «souviens-toi» orhit adi...), qu'il emploie lorsqu'il s'adresse au lecteur-destinataire qu'il doit instruire dans la véritable doctrine chrétienne. Si on approfondit l'analyse et si on examine certains points du texte, on se rend compte qu'apparaissent certains thèmes centraux comme celui de la suprématie de la vie intérieure sur les aspects extérieurs de la foi, l'importance de la prière intérieure sur les formes liturgiques, l'insistance dans la contemplation de la crucifixion, etc., thèmes propres au mouvement spirituel appelé Devotio Moderna (DM), présents dans le De Imitatione Christi (DIC) attribué à Thomas Kempis (1380-1471). Il ne serait pas surprenant qu'Etxepare ait lu le DIC, et peut-être aussi des livres spirituels d'anthologie venant du courant de la DM, connus sous le nom de Rapiara ou Collectaria. En dehors de ce courant souterrain on trouve chez Etxepare l'influence d'Erasme, directement ou indirectement, grâce à la lecture d'autres auteurs français (Lefèvre d'Etaples ou Briçonnet du groupe de Meaux, Marguerite de Navarre), ou espagnols (Vives, Juan de Valdés). Dans les poésies religieuses d'Etxepare on peut remarquer l'influence de plusieurs oeuvres d'Erasme comme De amabili concordia ecclesiae (1533) (disposition à travailler en faveur d'une réforme catholique évitant le schisme, position modérée sur le culte des saints et de la Vierge, insistance sur la nécessité des «bonnes oeuvres» en dehors de la sola fides, etc.); de De praeparatione ad mortem (1534) et surtout de l'Enchiridion militis christiani (1504), pas seulement dans le sous-chapitre de la DC appelé "Armes contre la mort" (Harmac eryoaren contra), mais également dans le discours général en faveur d'un examen intérieur; de l'Encomium Moriae (1511) dans certaines allussions contre les autorités civiles... Nous pouvons voir une autre influence d'Erasme (et de Luther, 1517) dans le fait de refuser les indulgences -de façon tacite chez Etxepare- en effaçant le Purgatoire. La vision cosmique post mortem d'Etxepare suit la position d'Erasme: géographie bipolaire (Paradis/Enfer) sans aucune place pour le Purgatoire, principal objet du commerce des indulgences contre lequel se souleva Luther.
Cependant le tableau ne serait pas complet si l'on ne signalait pas l'influence d'Erasme dans la "Chanson de Mosén Bernat Echapare" (Mossen Bernat Echaparere(n) cantuya). Cette pièce occupe une place particulère car il s'agit d'un récit autobiographique, écrit après qu'il ait recouvré la liberté. Il porte les marques propres au genre autobiographique décrit par Lejeune: 1) Il existe un dédoublement du "je", avec l'identité auteur/narrateur/personnage, visible dans le titre. 2) Le pacte autobiographique fait au lecteur par l'auteur est respecté: l'événement raconté est réel et l'homme qui l'a vécu c'est moi. 3) La référence à une réalité extérieure est évidente: le "je" raconte que le roi (Jean II? Henri II?) l'appela à la cour de Béarn et l'emprisonna injustement à cause d'une dénonciation calomnieuse.
Après la découverte de documents aux Archives de Navarre faite par José María Huarte (1926), on a dit qu'il fut emprisonné pour avoir choisi le camp pro-castillan lors de la guerre de Navarre. Mais pourquoi donc un partisan de la Couronne de Castille irait faire imprimer son livre en France et pas en Espagne? On peut avancer deux hypothèses:
1) La raison de l'incarcération se trouve dans l'un des documents découverts par Huarte. Grâce à ce document on sait qu'Etxepare, personne lettrée et de "bonne réputation", fut choisi et nommé Vicaire Général du Pays de Cize par l'évêque de Bayonne avec l'approbation du pouvoir castillan qui occupait le territoire. On sait qu'il fut nommé à cette charge afin qu'il mette un terme aux comportements dissolus des ecclésiastiques de la vallée de Cize et que son travail (efficace) fut mal reçu et qu'il y eut des protestations: que no es la clerezía en general sino algunos particulares a quien el ha corregido y traydo de mal y desonesto vivir al bueno, y porque les ha bedado los juegos y otras dissoluçiones, lo quoal se conssentía en tiempo de don Pedro de Mendicoaga. Sachant qu'en 1523 la charge de Vicaire Général était occupée par un certain Ainciondo, on pourrait avancer l'hypothèse d'un emprisonnement ayant eu lieu a maxima entre 1520 et 1523, c'est-à-dire entre la mort de Lehet (1520) et la période au cours de laquelle Ainciondo occupait son poste (1523). La cause en serait qu'il était partisan d'Erasme, ceci étant clairement suggéré dans le manuscrit et se reflétant dans l'action réformiste menée à bien sur le territoire qui était sous sa juridiction, action qui fut désapprouvée et qui occasionna une dénonciation. Mais on ne comprend pas très bien comment il pourrait offenser le roi pour des questions religieuses, étant donné qu'entre 1518 et 1531 nous sommes sous la régence d'Anne de Navarre40, et que le texte d'Etxepare parle seulement de dénonciation calomnieuse, sans plus de précisions.
2) L'hypothèse la plus vraisemblable est que l'emprisonnement a dû se passer plus tard, dans les années 1541-1545, années au cours desquelles Henri II s'établit en Béarn pour être plus près de l'Espagne, puisqu'il ne peut compter sur l'appui de la France41.
Le schéma du texte est christique, il se base essentiellement sur la Passion de Jésus-Christ, critiquant clairement le pouvoir temporel (le roi) face au pouvoir divin, source de véritable justice. Cela est peut-être le fruit de migrations transtextuelles. Parmi d'autres nombreux exemples gardons à l'esprit les prisons évoquées antérieurement par Marguerite de Navarre ou par Clément Marot qui fut emprisonné à plusieurs reprises à cause de ses idées évangélistes.
En somme, Etxepare est un érasmiste qui a "digéré" son érasmisme. Un homme en faveur du dialogue intime avec Dieu, partisan de la Devotio moderna, lecteur de l'Imitatio Christi et des épîtres de Saint Paul. Peut-être a-t-il aussi été influencé par les écrits de Lefèvre d'Etaples et de Briçonnet du groupe de Meaux, dont les membres les plus importants furent très proches de Marguerite d'Angoulême dans les années 1517-1520? Etxepare est un homme qui croit encore en la réforme de l'Eglise Catholique, sans en arriver au schisme, il est très loin du calvinisme -avec lequel Marguerite de Navarre rompit elle aussi à la fin de sa vie- qui sera adopté pourtant par les futurs rois de Navarre, Jeanne d'Albret, la fille de Marguerite, et son mari Antoine de Bourbon, ainsi que son frère cadet, comme nous l'avons vu précédemment, propriétaire du LVP, Louis I de Bourbon Condé.
Le LVP aurait-il pu être imprimé dans le royaume d'Espagne? L'impression monolingue, dans une langue non romane, incompréhensible et par conséquent incontrolable par la censure, d'une oeuvre comme le LVP aurait été problématique parce qu'au moins quinze ans avant, l'Inquisition espagnole, gardienne de l'orthodoxie catholique, exerçait un contrôle de plus en plus grand sur les adeptes de la Philosophia Christi (Bataillon). Il est peu probable qu'on eût laissé imprimer les vers suivants, par exemple, vers clairement érasmistes dans lesquels Etxepare défend l'absolue suprématie de la prière intérieure sur toute manifestation liturgique extérieure «Ni un prêtre, ni un évêque, ni même un Pape / n'a le pouvoir d'absoudre telle personne (celui qui n'est pas armé contre la mort) / Dieu sait, il regarde toujours le coeur / Il voit mieux en nous que nous-mêmes42, / Si notre pensée n'est pas en lui, les mots ne servent à rien» (Apezeq ez apezpicuq ez etare aytasaynduc / Absoluacen halacoaren eceyn bothereric eztu / Iangoycua bethiere vihocera sodiagoçu / Guhaurc vano segurago gure gogua diacuxu / Gogua gabe hura vaytan hiçac oro afertuçu).
Notes
1. Nous remercions J. Lakarra et B. Urgell pour les observations et les corrections qu?ils ont bien voulu apporter à l'Introduction et à la première partie de ce travail (I. Fragments de textes littéraires).
2. On suppose qu'il existe des fragments de textes littéraires transcrits en des époques antérieures au XVIe siècle. Par exemple, la «prière populaire navarraise» découverte par Gifford et Molho en 1957, dans le cod. 7 de la Cathédrale de Pampelune. Cf. Michelena ((1964) 1990, pages. 57-58). Cf. plus loin in I. Fragments de textes littéraires.
3. La «Nouvelle Navarre» était constituée des anciennes possessions des rois de la maison d'Albret moins le territoire historique de l'ancien royaume de Navarre (annexé en 1512 par Ferdinand, roi de Castille), auxquelles s'ajoutèrent les territoires appartenant à Marguerite d'Angoulême lorsqu'elle épousa Henri II en 1527.
Après la mort de Ferdinand le Catholique, la guerre de Navarre dura encore 15 ans entre la famille légitime d'Albret, dont le but était de récupérer l'ancien royaume, et Charles Quint qui fit tout ce qui était possible militairement pour annexer aussi la Basse-Navarre («Ultrapuertos») qu'il finit par considérer comme perdue en 1524, l'abandonnant définitivement aux Albret vers 1527-1530.
4. La réunion des Etats de Basse-Navarre montre que déjà en 1527-1530 Charles Quint avait abandonné l'espoir de conquérir Ultrapuertos (Goyhenetche 1999:98).
5. Sur les détails concernant l'impression et la diffusion des différents exemplaires de ce catéchisme, cf. Ricardo Urrizola Hualde: «Sancho de Elso et sa Doctrina Cristiana en 'castillan et en basque'», FLV, Année n°38, n°101, 2006, pages 109-14; cf. Goñi Gaztambide: "Sancho de Elso et son Catéchisme bilingue", dans le FLV, Année n°27, n°68, 1995, pages 7-22.
6. Cf. Nicolás Antonio: Bibliotheca Hispana nova, Rome, 1672. Cité par Ricardo Urrizola Hualde, in op. cit. page 109.
7. La technique existe toujours dans Pierre d'Urte (G. Bilbao 2008).
8. Il s'agit d'un exemplaire incomplet. Cf. les observations de L. Michelena (Textes Archaïques Basques, 1964), de B. Urgell (Hiztegi Hirukoitza-ren osagaiez, 2000), et surtout l'édition critique de J. Lakarra: Proverbes et Maximes (1596). Ikerketa eta edizioa. Edizio kritikoa, Académie Royale de la Langue Basque - Euskaltzaindia, Bilbao, 1996. Cf. également les études de Joseba Lakarra: "Recueils de proverbes basques anciens antérieurs à Oihenart" in Gorka Aulestia (éd.), Les écrivains. Evénements marquants de la littérature classique basque. Institution Sancho el Sabio, Gasteiz, pp. 141-175; "Filologi-ikerketak Proverbes et Maximes-ez: historia eta kritika", Enseiucarrean 13, Université de Deusto, 1997, pp. 23-76. Cf. plus loin les recueils manuscrits de proverbes et de maximes composés par Garibay.
9. J. Urquijo et Vinson spéculèrent aussi sur le fait que le Viva Jesus (Mitxelena 1956) ait été une réédition tardive d'un catéchisme du XVIe mais c'est une pure hypothèse, l?original peut être du XVIIe (nous dit J. Lakarra).
10. Souligné par les auteurs. Cela est évident car les autres «oeuvres» sont orales ou il s'agit de fragments, de commandes ou de miscellanées...
11. Le XVIe siècle ayant été «une époque tournante, où le monde ancien bascule dans la modernité» (P. Zumthor 1993).
12. Il ne s'agit pas ici du théâtre populaire souletin appelé tragédie ou pastorale mais du théâtre pastoral en vogue en Europe au cours des XVIe et XVIIe siècles. Cf. l?interprétation de B. Oyharçabal (2004, pages 209-210): "Il est fort probable que le terme pastorale dans cette citation a pour contenu celui qu'il avait en français classique. La première édition (1694) du dictionnaire de l'Académie française en donne une définition on ne peut plus claire: pièce de théâtre dont les personnages sont des bergers et des bergères. Selon les éléments dont nous disposons, il est vrai très peu nombreux, on peut donc supposer que la pastorale Le berger rouge d'Etchegaray appartenait à ce qui constituait l'un des trois genres majeurs de la comédie à cette époque, à savoir, la tragédie, la tragicomédie et donc la pastorale. On le sait, ce terme, tout comme celui de tragédie avec lequel il fut longtemps en concurrence, fut utilisé par la suite comme terme spécifique pour désigner les représentations de théâtre populaire données en Soule et dans la région, mais il s'agit-là d'un emploi dérivé, que l'on ne saurait attribuer également à Oihenart sans risquer de commettre un regrettable anachronisme lexical". Lire l'intégralité de l'argumentation développée aux pages 208-212.
13. Arzain gorria se traduit littéralement par Le berger rouge, mais peut-être la couleur rouge fait-elle référence à la couleur des cheveux du berger et doit-elle se traduire par Le berger blond; il pourrait donc s'agir d'une idéalisation néo-pétrarquiste, de l'évocation d'un berger blond amoureux.
14. C'est aussi le cas après: cf. Iturbe (Contribución..., 1657).
15. Cf. la définition donnée par Oihenart en 1657: "eressiac, les vieilles chansons qui contiennent quelque histoire, ou narration".
16. Cf. Jean de Jaurgain: Quelques légendes poétiques du Pays de Soule, réédition Lacour / Rediviva, Nîmes 1992.
17. Mss de la Bibliothèque nationale de Madrid et de la Bibliothèque Sainte Geneviève de Paris (P. Urquizu 2000:152-153).
18. Cf. A. Unzueta Echevarria: "Nouvelles données sur le réformateur des ermites et poète basque Juan de Undiano", FLV, Année 14, N° 39, 1982.
19. Esteban de Garibay, qui collecta les proverbes et les maximes à la demande de la cour (nous dit J. Lakarra), fut le bibliothécaire et le chroniqueur royal de Philippe II. Son oeuvre la plus célèbre est Les XL Livres de l'Abrégé d'Histoire Universelle de tous les royaumes d'Espagne..., Plantin, Anvers, 1596.
20. Cf. Luis Michelena: "Textes archaïques basques...", ASJU, 1990 ainsi que J. Arriolabengoa Unzueta: "Erdi Aroko kanta ezezagunak Ibarguen-Cachopin kronikan", ASJU, 1996; Ibarguen-Cachopín Kronika. Edizioa eta Azterketa, thèse de doctorat inédite, EHU, 2006.
21. Pour plus d'information sur tout ce chapitre: cf. Michelena, Luis. (1964) 1990 Textes archaïques basques et Sarasola, Ibon. 1990: Contribution à l'étude et à l'édition d?anciens textes basques in Annexes de ASJU, XI Députation Forale du Guipuzcoa-Université du Pays Basque, Donostia/Saint-Sébastien.
22. Il s'agit d'un Notre Père (Gvre Aïta) et d'un Credo (Sinhesten dut) incomplet. Les deux prières semblent avoir un rapport avec des traductions de Leizarraga. Cf. Oraison Dominicale en Basque et Le Symbole des Apostres en Basque in Description de plusieurs Isles par M. André Thévet (BnF: Fonds français, ms. 17174, versus folio 9).
23. Par exemple, J. Lakarra ne pense pas que la Chanson de Bretagne ait été composée au XVe siècle mais plutôt en plein XVIe. Notons que le "Romancero Nuevo" (Nouveau recueil de romances espagnols) connaît son apogée dans le second tiers du XVIe siècle. Voir aussi Sarasola, op.cit 77-82.
24. Cf. l'exposé de G. Bilbao et de R. Gómez (JUMI), au IIe Congrès de la Chaire Koldo Mitxelena, UPV-EHU, Vitoria/Gasteiz, oct. 2007.
25 Cf. F. Borja de Aguinagalde "Datation d'un manuscrit en basque du XVIe siècle" (2004:4).
26 "Dans ce cas (incendie de Salvatierra) la date correspond au moment où s'est déroulé l'événement chanté, et non à celui de la composition ou de la copie dans ce manuscrit" (nous dit J. Lakarra).
27 "Il y a d'évidentes erreurs de copie, par exemple, dans ce cas il y aussi des 'innovations': joan zedin-joan zen, etc." (nous dit J. Lakarra).
28 Sancti michaelis veteris se nomme «Eiheralarre» en langue basque.
29 Et peut-être pour pouvoir lire des versions manuscrites en langue basque des psaumes de David -sans que nous en ayons la preuve-. Ces traductions pourraient avoir été faites à partir de l'édition française Marot-De Bèze de 1562, édition qui fut utilisée de facto, soit dit en passant, pour les éditions en langues gasconne et béarnaise.
30 Cf. J. Oroz Arizcuren: "Linguae Vasconum Primitiae: 1545?..." (Iker 21, 2008:453).
31 «Zeta comme dit Galeotus Martius (?) non est litera, sed duplex sibilus, Id est, duplex SS (...). C'est-à-dire, Z n'est pas lettre, mais est vng siflement double, qui vault deux. SS» (Tory (1529) 1931:LXIIII).
32 Nous avons enlevé les abréviations et complété les mots en mettant la partie ajoutée entre parenthèses (Les auteurs de l?article).
33 A propos de la ponctuation, cf. également les observations faites par Lafon, 1952 (1999):761.
34 Signalons deux autres points à propos de la réception du LVP: dans la version imprimée au XIXe siècle de l'Abrégé historique de la Très Noble et Très Loyale Province du Guipuzcoa (ms. daté de 1625 mais édité en 1850) attribuée à Isasti, on trouve une allusion à l'auteur Etxepare ainsi que quatre strophes religieuses du LVP différentes de celles que l'on trouve dans la version imprimée de 1545. Les différences résident dans les points suivants: 1. Division par l'hémistiche; 2. Traduction en castillan; 3. Adaptation partielle en guipuzcoan. Il faudrait vérifier la version originale manuscrite de l'Abrégé pour savoir si les modifications sont dues à Isasti ou à des copistes ultérieurs, étant donné que "l'oeuvre (l'Abrégé) qui est arrivée jusqu'à nous a été complétée lors des différentes copies manuscrites" entre le XVIIIe siècle et l'impression de 1850. Cf. à ce sujet J.L. Orella Géographies guipuzcoanes de la modernité: Baltasar de Echave et Lope Martínez de Isasti (1999). En ce qui concerne Oihenart, il cite une strophe, choisie elle aussi parmi les poésies religieuses du LVP, avec un accent aigu sur la dernière syllabe (Notitia..., 2nde édition, Paris 1656). Oihenart, précisément, cite le nom de Bernard Etxepare dans un brouillon ultérieur de 1665 (ms. intitulé L'Art Poétique Basque), signalant entre autres choses, qu'il y eut une seconde édition à Rouen, faire par "Adrian" (ou Adrien) "Morront" (ou Morrontz, ou Morron), c'est-à-dire plus ou moins entre 1604 et 1630, mais nous avons trouvé des mentions faites par lui (ou par un homonyme) à la Bibliothèque municipale de Rouen jusqu'en 1635, 1637. Cf. également P. Lafitte: «Quand parut la deuxième édition de Linguae Vasconum Primitiae?», GH, N°39, 1967.
35 Certains affirment que la coutume consistant à chanter les rondeau en dansant a dû se perdre au XVe siècle (1993: 247). Mais cette coutume a peut-être continué encore dans la première partie du XVIe.
36 Le contrapas dont parle Etxepare serait une danse appelée contrepas, qui était dansée au XVIe siècle, qui aurait des similitudes avec une danse (ou famille de danses) ancêtre de l'actuelle sardane dansée dans le Roussillon et dans les pays catalans. La caractéristique de cette danse est qu'on intercale des pas suivis et des pas coupés: «Le contrepas, ancêtre vraisemblable de la sardane, comprenait (?) un contrapas dit sarda ou cerdan», in http://www.occitania.fr/tradit/vivant/sard/resume/dr.htm.
37 Dans l'édition de 1545, on lit segretugui pour secretuqui ("en secret").
38 Trad. J. Lakarra.
39 Et non en une seule partie appelée Doctrina Christiana comme on le prétend depuis Lafon.
40 Tucoo-Chala cité par Lafon 1952 (1999):787.
41 Tucoo-Chala in op. cit.:787.
42 Ou «notre intention».
